[{"content":"Avertissement : contient des images choquantes.\n","date":"20 Janvier 2026","externalUrl":null,"permalink":"/fr/gallery/","section":"Bienvenue sur le site commémoratif de Constant Julien Droesbeke.","summary":"Avertissement : contient des images choquantes.\n","title":"Album photos du KZ Flossenbürg","type":"page"},{"content":" Survivant du camp de concentration de Flossenbürg. # Ce site perpétue l\u0026rsquo;histoire de Constant Julien Droesbeke. Il a traversé l\u0026rsquo;une des périodes les plus sombres de notre histoire. Vous découvrirez ici ses épreuves, son incroyable résilience et les leçons que nous pouvons encore tirer de son récit aujourd\u0026rsquo;hui.\nEn partageant ses souvenirs, nous honorons sa vie et transmettons son message de tolérance et de paix aux générations futures.\n","date":"20 Janvier 2026","externalUrl":null,"permalink":"/fr/","section":"Bienvenue sur le site commémoratif de Constant Julien Droesbeke.","summary":" Survivant du camp de concentration de Flossenbürg. # Ce site perpétue l’histoire de Constant Julien Droesbeke. Il a traversé l’une des périodes les plus sombres de notre histoire. Vous découvrirez ici ses épreuves, son incroyable résilience et les leçons que nous pouvons encore tirer de son récit aujourd’hui.\n","title":"Bienvenue sur le site commémoratif de Constant Julien Droesbeke.","type":"page"},{"content":" ° Constant Julien Droesbeke 25 avril 1907 CJ Droesbeke naît à Anderlecht. L\u0026#39;Allemagne envahit la Belgique 10 mai 1940 À l'âge de 33 ans, CJ Droesbeke est rappelé sous les drapeaux lors de la mobilisation. Il participe à la campagne des 18 jours. Son numéro matricule était le 256.379 ; il était maréchal des logis au 9ème escadron du 2ème régiment de Guides. CJ Droesbeke fut parmi les premiers à posséder une voiture à Merchtem ; il fit don de son véhicule à l'armée belge. Capitulation de la Belgique 28 mai 1940 CJ Droesbeke est prisonnier de guerre du 25 mai 1940 au 28 juin 1940. Suite à la capitulation, la voiture de CJ Droesbeke tombe également entre les mains des Allemands. Il volera son propre véhicule aux Allemands pour le mettre à la disposition de la Résistance. La voiture est dissimulée au garage Schelleman à Merchtem. Résistance 1941 – 1944 Après la campagne des 18 jours, CJ Droesbeke s'engage dans la Résistance.\nIl devient chef de secteur de la Zone 2 – Secteur 4 pour Relegem, Kobbegem, Hamme, Mollem, Asse, Mazenzele, Opwijk, Steenhuffel, Malderen, Londerzeel, Meise, Brussegem et Merchtem.\nSes noms de guerre sont Rudolf ou Willy.\nIl devient agent de renseignement pour le groupe de résistance Bayard.\nArrestation 31 mars 1944 CJ Droesbeke est arrêté au domicile de sa mère, situé au 35 de la rue Roi Albert à Merchtem, par la Geheime Feldpolizei (G.F.P. 712) sur ordre de la Gestapo de Bruxelles.\nLe trajet vers la caserne Dossin passe par le fort de Breendonk, où l'officier allemand lui dit : « Voici votre future demeure ».\nDe la caserne Dossin, il est transféré au 42 de la rue des Bégards (Begijnenstraat), la prison d'Anvers.\nInterrogatoires et tortures 31 mars 1944 – 9 juillet 1944 Depuis la rue des Bégards, il est conduit à plusieurs reprises sur la Belgiquelei, où se trouvait le bâtiment de la Geheime Feldpolizei.\nC'est là que CJ Droesbeke subit de nombreux interrogatoires, accompagnés de tortures.\nBreendonk 9 juillet 1944 – 19 juillet 1944 Le 9 juillet, CJ Droesbeke est incarcéré au fort de Breendonk. Déportation 19 août 1944 Après Breendonk, il retourne à la rue des Bégards ; une fois les interrogatoires terminés, il est transféré à la prison de Saint-Gilles.\nLe 19 août, il part de la gare de Schaerbeek par train vers Cologne. Via Cologne, le trajet se poursuit par Bayreuth, Ebrach, Bamberg, Nuremberg et enfin le camp de concentration de Flossenbürg. KZ Flossenbürg 16 décembre 1944 Le 16 décembre, jour du déclenchement de l'offensive des Ardennes, CJ Droesbeke arrive à Flossenbürg. Libération de Flossenbürg 23 avril 1945 Le 23 avril 1945, la 90ème division d'infanterie américaine arrive à Flossenbürg. CJ Droesbeke est libre et de retour 26 mai 1945 Fin de captivité après 422 jours. † Décès 9 janvier 2008 Le 9 janvier 2008, CJ Droesbeke s'éteint paisiblement chez lui, peu avant son 101ème anniversaire. ","date":"20 Janvier 2026","externalUrl":null,"permalink":"/fr/timeline/","section":"Bienvenue sur le site commémoratif de Constant Julien Droesbeke.","summary":" ° Constant Julien Droesbeke 25 avril 1907 CJ Droesbeke naît à Anderlecht. L'Allemagne envahit la Belgique 10 mai 1940 À l'âge de 33 ans, CJ Droesbeke est rappelé sous les drapeaux lors de la mobilisation. Il participe à la campagne des 18 jours. Son numéro matricule était le 256.379 ; il était maréchal des logis au 9ème escadron du 2ème régiment de Guides. CJ Droesbeke fut parmi les premiers à posséder une voiture à Merchtem ; il fit don de son véhicule à l'armée belge. Capitulation de la Belgique 28 mai 1940 CJ Droesbeke est prisonnier de guerre du 25 mai 1940 au 28 juin 1940. Suite à la capitulation, la voiture de CJ Droesbeke tombe également entre les mains des Allemands. Il volera son propre véhicule aux Allemands pour le mettre à la disposition de la Résistance. La voiture est dissimulée au garage Schelleman à Merchtem. Résistance 1941 – 1944 Après la campagne des 18 jours, CJ Droesbeke s'engage dans la Résistance.\n","title":"Chronologie","type":"page"},{"content":" Avant-propos # Je dédie ces quelques pages à mon épouse qui, malgré son jeune âge, au risque de sa vie, a fait de la résistance en m’accompagnant lors de l\u0026rsquo;exécution d’actes de sabotage pendant l’occupation de notre patrie par les hordes nazies.\nJe dédie également ce récit au Colonel J. VAN RUYCHEVELT dont le père est mort dans un camp de concentration. Il comprend mieux que quiconque, ce que fut pour les concentrationnaires, la vie de bagnards, sous la houlette des SS et des Gestapistes.\nN’ayant aucun don littéraire, je m’efforcerai de tendre à la précision, à la sincérité et à l’impartialité dans ma description, sans oublier les détails, afin de laisser un témoignage de ce que j’ai vu et vécu dans le camp de Flossenbürg.\nFiche de renseignements Ministère de l\u0026#39;intérieur FLOSSENBURG # Ce camp de la mort était situé dans le Haut-Palatinat Bavarois, à 5 km de la frontière Tchécoslovaque. Endroit isolé et très bien camouflé.\nPrès de 111.400 personnes, dont 95.400 hommes et 16.000 femmes y furent détenus entre 1938 et 1945.\nEnviron 74.000 personnes y trouvérent la mort, dont 4.771 Français et 1.693 Belges.\nVoila le sinistre bilan de ce camp nazi, dont une description détaillée suivra.\nA l’heure ou, de par le monde, renaissent le racisme et l’anti-sémitisme, où la violence aveugle du terrorisme défie la raison; à l’heure ou l’on emprisonne et torture pour délit d’opinion, parler de ce triste passé peut sembler chose inutile, évocation stérile de douloureux souvenirs.\nMais pour que le génocide et la déportation de populations entières, ne soient pas noyés et oubliés dans le temps, il est nécessaire que des hommes se souviennent, que d’autres questionnent les gardiens de cette mémoire collective et individuelle, pour rendre justice aux victimes.\nQuand on n’a pas vécu les faits, la curiosité et la soif de connaitre permettent d’interroger les anciens déportés, de mieux comprendre les différents motifs qui les conduisirent dans cette marche vers la mémoire.\nOn ne peut mieux découvrir que par la bouche de ceux qui l’ont vécu, l\u0026rsquo;hallucinante réalité d’un système d’extermination méthodique, industrialisé.\nRésonnent alors les noms jusqu’à présent inconnus ou ignorés: SVATAVA - ZWICKAU - TEREZIN - LITOMERICE - HRADISCO - JANOVICE - HOLYSOV- FLOSSENBURG - et tant d’autres lieux que la barbarie nazie a tranformé en enfers.\nComme témoin ayant vécu ce drame, je peux, en phrases simples, vous raconter la dimension de l’horreur et vous en apprendre plus sur le monde concentration- naire que la plus complete des thèses. Vous faire comprendre non seulement par l’esprit, mais avec le coeur.\nPar l’évocation des sévices que j’y ai endurés, certains retrouveront par moments les accents de la peur, les visages des martyrs, dont les yeux morts à l’espoir, lançaient un appel déchirant à ceux qui les croisaient.\nLe n° B 39.888, que je portais sur mon costume de forçat, que j’ai gardé pieusement comme une relique, parle de toutes les souffrances endurées durant ma triste captivité.\nB 39888 Ce \u0026ldquo;chiffon\u0026rdquo; témoigne d’un passé que je ne pourrai oublier, de la volonté de me souvenir de mes camarades de bagne, qui n’ont pas eu la chance de revenir de cet enfer.\nJe me permets d’attirer votre attention sur les cris déchirants des milliers de soeurs et fréres, tués dans les camps, de ceux qui m’imploraient, avant de mourir, de vous raconter, de quoi les fanatiques désorientés étaient capables et à quoi une dictature peut mener! Le récit de leurs cauchemars, des souffrances qu’ils évoquent et de celles que l’on devine, devient un acte d’accusation, non seulement contre la monstruosité, mais contre toute obstination à détruire la dignité humaine. Ils rappellent sans haine, ils savent depuis 45 ans, dans leur corps et dans leur coeur, tout ce que la haine peut anéantir; que la raison ne suffit pas toujours à s’en protéger.\nQuand je décris cet enfer, on ne peut qu’essayer d’imaginer l’existence que j’y ai menée pendant ces longs mois. Celui qui n’a pas partagé notre sort, ne peut saisir qu’une infime partie de ce que fut notre calvaire. Pour moi, les ombres demeurent et sont si présentes que l’on croirait entendre le bruit sec des armes d’un peloton d’exécution, l’appel déchirant à la vie derriére les barbelés de tous ces kommandos, qui vous invitent à méditer sur la justice et la tolérance. Entre la sordidité et la grandeur de ceux qui ont donné leur vie dans la lutte contre l’arbitraire, le choix est fait.\nS’arréter à ces souffrances, ne retenir de la déportation que cette entreprise de déshumanisation serait à mon avis, faire triompher les bourreaux et trahir nos morts. Certains n’ont pas eu la force ni les appuis nécessaires pour échapper \u0026ldquo;à la mort quotidienne des camps\u0026rdquo;, d’autres ont cédé à la tentation d’asservir à leur tour, leurs compagnons de captivité. Mais beaucoup ont essayé, à la mesure de leurs moyens, de faire triompher I’humain et la solidarité.\nNous, les survivants devrons apprendre aux jeunes générations, que face à l’idéologie et à la violence, le dernier mot doit rester aux forces spirituelles où se concentrent la volonté de vivre, le désir d’affirmer sa dignité et l’espoir de renaitre dans la mémoire des hommes.\nEntre le passé de nos souvenirs et le futur de nos espérances, il y a le présent qu’il nous appartient de réaliser, en veillant au développement et au respect de l’homme, s’appuyant pour ce faire sur les lecons de l’histoire. Un peuple qui oublie son passé sera condamné à le revivre.\n16 DECEMBRE 1944. # Pour manque d’obéissance à l’ennemi, un groupe de 95 prisionniers est expédié au camp de Flossenbürg.\nNous gravissons, sous les huées des habitants allemands, à pied et menottes aux poignets, une côte extrêmement raide, longue d’environ 1,5 km. à travers le village de Flossenbürg, pour aller de la gare à l\u0026rsquo;entrée du camp.\nLes habitants,adultes et enfants, se trouvaient sur leur pas de porte ou aux fenétres, manifestement heureux de nous voir dans cet état.\nOn apercevait cependant certains habitants derriére les vitres avec un air presque compatisant. Sans doute, la défaite de Stalingrad et le recul des unités allemandes sur des positions préparées à l’avance sur le front, commencaient à produire leurs effets. D’autres affichaient un sourire narquois.\nA la sortie de ce village, je découvris, sur la gauche, les ruines d’une vieille forteresse féodale, d’aspect lugubre, batie sur une montagne.\nCette armure de pierres,encore imposante par son style, dominait les autres montagnes à la ronde.\nJe voyais de nombreux baraquements divers, des constructions récentes en pierre, de style bavarois.\nJe constatais également que par des travaux considérables, une espéce de plate-forme immense avait été construite par-dessus la vallée, rejoignant les flancs de deux montagnes situées face à face.\nC’est sur cet emplacement et ces côtes vallonnées qu’était installé, à 1.100 métres d’altitude, le camp de Flossenbürg.\nC’est la que je suis resté des mois.\nLe camp était entouré de foréts de sapins, à perte de vue.\nAu loin on apercevait un lac, masqué en grande partie par la forêt.\nEn face, une colline où se trouvait une carriére de pierres en exploitation. On y voyait des pierres de toutes tailles. Cette partie était entourée de barbelés et de miradors, laissant supposer que des prisonniers y travaillaient.\nParmi les monceaux de pierres on remarquait de grands trous noirs. C’étaient des entrées de tunnels creusés dans la montagne.\nIl y avait de nombreuses baraques à toiture plate, camouflées et imitant parfaitement la pierre.\nL’entrée du camp était majestueuse, flanquée de deux énormes pilas- tres en pierres de taille, soutenant une grille massive en fer, robuste et verrouillée.\nL’enceinte du camp est impressionnante.\nUn SS, pressé, fulminant et rageant, portant un grand bâton, arrive vers nous et nous fait avancer, pour nous compter plus facilement.\nLa grande et lourde grille de fer se referme derritre nous, avec le même grincement qu’à son ouverture lors de notre arrivée.\nNous sommes bien en hiver; il fait moins 17°. La neige est tombée et tellement piétinée qu’elle est transformée en couche de glace. La bise est séche et cinglante, nous grelottons de froid et l’onglée nous prend aux pieds et aux mains pendant que nous attendons les ordres qui tardent. Nous revoyons la vieille ruine de chateau qui marque a peu prés la frontière entre la Tchecoslovaquie et l’Allemagne.\nPas la moindre trace du monde extérieur, de la civilisation. Nous sommes enfermés dans une enceinte électrifiée!\nClôture électrifiée du KZ Flossenbürg C’est à coups de matraque que nos gardiens, nommés \u0026ldquo;Kapos\u0026rdquo; font respecter la discipline et exécuter les ordres. Il y en a partout, dans tous les coins ! Ce sont paraît-il des places de choix! Nous sommes ahuris de voir avec quel zéle ces \u0026ldquo;Kapos\u0026rdquo; assènent des coups sur leurs compagnons, cependant prisonniers comme eux.\nAu moindre signe, non pas de rébellion, mais de simple incompréhension, ils vous ajustent un coup de cuir sur le râble ou sur la téte, où ils peuvent vous atteindre. Aprés ce petit avant-goût du savoir faire de nos gardes-chiourme, on nous ordonne d’abandonner sur le champ tout ce que nous possédons !\nEn moins d’une, nous sommes complétement dépouillés ! Par ici les beaux vétements, les bons souliers, les effets de laine, les bijoux, les bagues, les lunettes. On pleurait de rage, nos photos volées, tout ce que nous avions chérement pu garder sur nous, pendant toute la durée de notre captivité; tout doit étre cédé, sans protester, sans mot dire!\nEn quelques minutes, nous sommes dépouillés de tout, nus comme des vers, non pas gênés, mais embarrassés de n’avoir plus de poches par ce terrible froid!\nNos vêtements sont entassés pêle-mêle, dans un coin, comme un tas de guenilles!\nOn nous fait courir, en costume d’Adam, entre deux rangées de nos gardes, qui nous frappent au passage, malgré le froid, le sol glissant, nos pieds nus. Nous tournons ainsi en rond pendant au moins une demi-heure! Malgré le froid, nous transpirions de souffrances et d’angoisse!\nAprès cette course à pied, ils nous aspergent d’eau glaciale!\nNous entrons ensuite dans nos baraques où nous trouvons nos bacs en bois pour dormir. Quels pénibles débuts! Quel sera notre avenir?\nSubitement deux prisonniers, pas trop mal nippés, se présentent munis de ciseaux et de tondeuses. L’un apres l’autre nous passons devant un de ces \u0026ldquo;coiffeurs\u0026rdquo;. Le premier dégrossit le travail à grands coups de ciseaux, mèche par mèche, laissant subsister quelques centimétres par- ci par-là \u0026hellip; Nous nous mettons à genoux devant le second \u0026ldquo;friseur\u0026rdquo; qui, avec sa tondeuse finit le travail d’une manière parfaite en quelques secondes! Tout le monde est rasé!\nMais ce n’est pas fini. Tout doit être pris! Et la tondeuse se balade encore là où dame nature nous a habillé la nudité!\nLe travail étant terminé, il ne nous reste plus rien! Nous sommes méconnaissables, défigurés! Ce ne sont plus des hommes, mais une espèce de bestiaux courbés sur des jambes maigres.\nComme vêtements nous héritons d’un complet rayé bleu et gris en légère toile de fibre de bois, sans doublure. Un bonnet de même tissu uniforme, au pieds des claquettes avec grosse semelle en bois avec ruban à nouer.\nNotre premiére demeure est la baraque n° 20.\nCe soir pas de ravitaillement, il est trop tard! Il faudra attendre le lendemain-midi pour avoir un peu de soupe. Vite et en vitesse dans ce remue-ménage, dans ce vacarme de gens abrutis, qui se défendent comme ils peuvent, car ils ont faim.\nJ’ai de la chance! J’ai réussi à m’installer dans un grabat au 3ème étage, sous un lambeau de couverture. La tête sur notre costume rayé comme oreiller. C’est qu’il faut se déshabiller ici pour la nuit et dormir en chemise. Pour ainsi dire tout nu dans ces bacs crasseux, qui n’ont méme plus assez de planches pour retenir la paille hachée comme matelas.\nNous dormons a quatre dans un bac, couchés sur le côté comme des sardines.\nLe dortoir était infesté de vermine: les poux étaient les maitres absolus, par moment les puces se déplaçaient par vagues. J’étais rempli de points rouges, de morçures de puces, ces bestioles aimant la chair humaine. Les poux s’installent dans les plis de nos vêtements. Le peu de temps libre était consacré en partie à la chasse aux puces! Les bords des planches transversales de nos bacs étaient noirs de cadavres de poux, tués par nos prédécesseurs!\nMalheur encore à ceux qui avaient un compagnon au-dessus d’eux, ayant la dysenterie.\nLe soir à 8 heures, au dernier coup de cloche, les lumiéres s’éteignaient dans les baraques et le silence absolu était imposé.\nLe matin, été comme hiver, lever à 5 heures! Le vacarme commence et les \u0026ldquo;gardiens\u0026rdquo; nous sortent du \u0026ldquo;lit\u0026rdquo; à coups de matraques. Ils s’en donnent à coeur joie, proférant leurs cris sauvages. On croirait la baraque en feu. Désormais, il en sera de même chaque matin au lever, sans grogner, même s’il vous tombe du caoutchouc sur le crâne.\nL’ordonnance des lits était contrôlée comme à l’armée; si cela ne convenait pas au \u0026ldquo;blokman\u0026rdquo;, les \u0026ldquo;schlager\u0026rdquo; s’en occupaient à coups de matraque, et comme punition: pas à manger le soir, ce qui était tout bénéfice pour nos \u0026ldquo;gardiens\u0026rdquo;. Nous devons ensuite sortir de la baraque et nous mettre en rang pour l’appel, avec interdiction de bouger. Il en est de même dans tout le camp. Nous allons faire la connaissance de notre chef de bloc. Petit homme trapu, à la figure ombrageuse et tête de brute. Il baîlle avec un air de dédain et de rage. Il doit avoir environ cinquante ans.\nIl doit sa qualité de chef de bloc à sa nationalité allemande d’abord et à son titre d’ancien bagnard, de condamné aux travaux forcés à vie ensuite. C’est donc un rebut de la société nazie, qui y purge sa peine et qui a perdu tout contact avec la population depuis dix ans au minimum. Il a perdu ainsi tout sentiment humain.\nA titre de chef de bloc, il a droit de vie ou de mort sur tous les prisonniers. Il passe sa colére et son mépris sur nous, pauvres victimes désarmées. Tuer un homme est pour lui une habitude, un caprice\u0026hellip;\nAux ordres de \u0026ldquo;po pjat\u0026rdquo; (par cing en langue russe) on s’alligne tous en rang, par cing et nous avons droit au discours traditionnel de \u0026ldquo;bienvenue\u0026rdquo;.\nIl nous fait comprendre que l’Allemagne a besoin d’aide et de bras pour mener à bien sa grande et digne tâche! L’Allemagne nous héberge, nous nourrit, nous habille. A nous de travailler pour elle avec coeur et conviction. Tout refus de travail sera puni de mort.\nCes discours, traduits en russe, en français, en italien et en tchéque par des interprétes, sont suivis par l’énumération d’autres règlements et pensées profondes! Le chef poursuit: la guerre était inévitable, mais elle sera bientôt finie et l’Allemagne en sortira victorieuse! Les anglo-saxons seront rejetés à la mer et le bolchevisme, l\u0026rsquo;ennemi n°1, sera détruit. Suivent les traductions.\nViennent ensuite les recommandations, la loi du camp: défense de saboter sous peine de pendaison; défense de parler de politique sous peine de mort; défense de voler sous peine de subir le même sort.\nObéissance et respect envers les autorités, saluer les boches en se découvrant a leur passage, etc. etc.. Bref, nous devons nous conduire en braves bêtes de somme, en esclaves soumis et travailleurs, toujours contents de notre sort! Notre vie ne valant rien!\nLe comble, c’est que nous avons été obligés de crier en choeur et avec force \u0026ldquo;Ja\u0026rdquo;, pour approuver toutes ces balivernes!\nD’aprés son discours, il était indispensable de se laver, mais \u0026hellip; il n’y avait pas d’eau! De la comédie tragique.\nSuite à son discours, aprés avoir pratiquement jurés obéissance et fidélité aux règlements de bagne, nous devions faire exécuter notre numéro matricule en double exemplaire et coudre les deux banderolles sur notre \u0026ldquo;uniforme\u0026rdquo;, l’une sur l’épaule gauche, I’autre a mi-hauteur sur la jambe gauche du pantalon.\nEnsuite, inscription dans un registre du camp, ce qui nous vaut l\u0026rsquo;enrôlement à titre définitif dans la communauté! Nous sommes ainsi identifiés! Mon nom est devenu : \u0026ldquo;nicht name B 39.888\u0026rdquo;. Nous serons désignés d’un instant à l’autre dans les divers commandos.\nRegistre des noms du KZ Flossenbürg : 39888 Droesbeke Constant Julien Un coup de cloche, midi, c’est l’heure de la soupe! La faim nous tenaille l’estomac. Dix hommes sont indiqués pour aller chercher les \u0026ldquo;kubels\u0026rdquo; devant la cuisine.\nNous sommes rassemblés dehors, devant le bloc, munis chacun d’une écuelle en fer rouillée et d’une grosse cuillére. Aprés une attente assez longue dans le froid, sans autorisation de bouger, les hommes de la corvée nous raménent cing bidons de \u0026ldquo;soupe\u0026rdquo;!\nLes bidons sont déposés prés du bloc, devant le \u0026ldquo;Kapo\u0026rdquo; ou chef de bloc et ses subalternes. L’un d’eux est muni d’une louche d’un litre, représentant la ration réglementaire! Un autre subalterne ouvre le bidon et une bouffée de vapeur nous réconforte. L’idée d’avoir quelque chose de chaud à manger nous réchauffe déja. La distribution commence aussitôt et s’effectue à vive allure. Notre gamelle doit automatiquement se trouver à portée de la louche. Tant pis pour le malheureux trop lent pour recueillir sa maigre pitance. La louche n’est jamais entièrement remplie, car le préposé à la distribution s’arrange pour garder au fond du bidon une ration supplémentaire pour les matraqueurs, les interprétes, les protégés de monsieur le \u0026ldquo;Kapo\u0026rdquo;.\nCette soupe n’était que fort maigre et le plus épais restait au fond du bidon. Malgré ce maigre repas, on se sentait un peu mieux!\nAprés ce diner \u0026ldquo;gastronomique\u0026rdquo;, un ancien bagnard m’informe de ce qui suit: ici dans l’Oberphalz, nous connaissons les plus rudes conditions climatiques de travail ainsi que les plus primitives conditions de vie. Il est régulièrement procédé à des bastonnades publiques dans la salle commune d’une baraque. Cela se passe en général le soir aprés le travail. Les détenus doivent y assister et chanter pour couvrir les cris des victimes. Pour des peccadilles, tout le bloc est privé de nourriture le dimanche suivant. Le bloc au complet doit subir des exercices disciplinaires et rester debout, dehors sous la pluie, ou dans le froid, pendant des heures.\nChaque détenu risque à tout moment d’étre maltraité, voire abattu pendant le travail, sans raison, selon l’humeur des gardiens. Les pendaisons par les bras et les mains derriére le dos à un poteau, pour une durée d’une demi-heure ou plus, sont monnaie courante. Cette torture cause des douleurs folles.\nAutres délicatesses imaginées par nos protecteurs: la position accroupie des heures durant, sans oublier les pendaisons et les tueries.\nLa connaissance de ces possibilités était précieuse pour notre avenir.\nLe peu de \u0026ldquo;liberté\u0026rdquo; qui nous était octroyée était mise à profit pour regarder ce qui se passait autour de nous, pour mieux examiner le camp et son activité. Il y avait environ 24 blocs habités, abritant à ce moment-la environ 10.000 prisonniers.\nEvasion impossible. Le camp était ceinturé de fils de fer barbelés sous haute tension électrique. Toucher aux fils et c’était la mort foudroyan- te par électrocution.\nAux quatre coins de cette redoutable clôture, se dressent les miradors principaux, de véritables tours carrées en pierres façonnées, surmontées de petits toits posés sur des montants verticaux en bois, pour laisser toute liberté d’action à la mitrailleuse sur pivot, braquée nuit et jour sur le camp, toujours prête à cracher sa mitraille sur l’imprudent tenté d’approcher les fils électrifiés.\nLa nuit, en plus des mitrailleuses, est installé dans ces tours, un puissant projecteur, qui balaye régulièrement le camp de son faisceau, pour découvrir d’éventuels candidats à l’évasion, ou plutôt fatigués de vivre. J’ai souvent entendu ces mitrailleuses entrer en action contre des prisonniers préférant une mort subite à la vie du camp.\nEntre ces miradors principaux, s’échelonnent tous les trente métres environ, d’autres petits miradors moins hauts, construits en bois où se tient en permanence un soldat boche armé d’un fusil ou d’une mitraillette. Enfin, le long de toute l’enceinte, tous les cing à dix métres, de grosses lampes éclairent d’une lumiére abondante les fils électrifiés.\nNous sommes donc bien gardés et il ne reste qu’a se résigner pour survivre, à vivre la loi du camp, à ménager ses forces et à se défendre individuellement. Ici peu ou pas de solidarité: chacun pour soi. II faut essayer d’avoir un coeur de pierre que rien ne peut émouvoir afin de survivre dans cet enfer. Cette attitude s’impose de source.\nLe régime est d’une telle dureté que la vie de chacun est en constant danger.\nIl faut se défendre comme on peut, ne suivre que ce but, car il n’y a pour nous qu’un seul espoir: la fin de la guerre et ceci le plus rapidement possible. L’espoir de survivre dans ce camp étant réduit a quelques mois.\nPas question d’étre malade, pour qui la seule perspective étant le four crématoire. Le malade étant considéré comme un parasite qui mange et ne travaille pas! L’Allemagne n’a que faire de ces gens-la et dans son intérêt: elle les détruit. Quel cynisme!\nDes scènes de bestialité, lors du réveil matinal, se reproduisent régulièrement et on s’y habitue très vite. Tandis que nous grelottons des heures durant devant le bloc, les \u0026ldquo;Kapos\u0026rdquo; viennent choisir et trier leur bétail! C’est eux qui indiquent leurs esclaves et leur nombre nécessaire. Le travail à l’extérieur et celui de la carriére nous attendent. Il a neigé toute la nuit et elle atteint presque un metre d’épaisseur. On ne s’occupait que de la déblayer, et au pas de course. La neige est jetée sur un raidillon prés de la station d’épuration.\nUn détenu arrivant complétement épuisé pour déverser sa neige, le SS qui se tenait derriére lui, lui ajusta un coup de pied dans le dos, qui fit dégringoler le malheureux dans une avalanche de neige vers la vallée. Celui qui ne trouvait pas la force pour se dégager, étouffait ou restait en bas sans secours et gelant sur place.\nLa plaisanterie de l’SS était accomplie.\nLa punition dont les SS se régalaient en hiver, consistait à plonger un détenu tout habillé, dans un baquet d’eau situé dans la buanderie du camp. Trempé jusqu’aux os, il était ensuite exposé sur la place d’appel ou il se transformait en bloc de glace. Les parties découvertes du visage et des mains formaient sous le gel, de grosses cloques qui crevaient ensuite, peu de temps aprés. Selon le degré de punition, cette torture était parfois répétée. Le malheureux, ne tenant plus debout, gelait sur place jusqu’a ce que mort s’en suive.\nCertaines tâches exécutées à I’extérieur n’étaient pas pensées en termes de productivité, mais uniquement comme brimades. Il fallait apporter des monticules de terre et de sable, dans tous les récipients possibles, d’un endroit à un autre, distants d’une centaine de metres. Selon les dispositions des SS, la matitre devait étre rapportée de la méme maniére à l’emplacement initial. Le tout se passait sous lair narquois et les sourires moqueurs des SS. Cette même méthode était employée à Breendonk.\nLes journées se suivent, mais ne se ressemblent pas. Le matin, quand la baraque se vide, la premiére corvée est de sortir les morts, qu’on jette tout simplement par la fenêtre, sans autres ménagements naturellement.\nGénéralement, afin de profiter de quelques rations supplémentaires, les cadavres restaient deux ou trois jours dans leur bac. J’ai ainsi eu la \u0026ldquo;fortune\u0026rdquo; de dormir trois nuits à côté d’un mort!\nQuand ces malheureux arrivaient en vue de leur fin ici- bas, et qu’ils ne pouvaient plus se traîner, ils restaient indifférents, méme sous les coups les plus violents assénés par les gardiens. Ils vivotaient dans un coin des lavoirs, prés des autres cadavres, attendant l’instant de délivrance! Ils mouraient ainsi dans le silence, sans le moindre soin, sans la moindre aide physique ou morale, sans le moindre soulagement! Il ne faut pas s’étonner d’entendre tomber, en pleine nuit, d’un troisième étage, le corps d’un mort, parfois même refoulé par son voisin de bac. Des morts gisent sur le sol, nous les enjambons tout naturellement, par habitude sans en étre incommodés. Nous les poussons un peu sur le côté, hors du chemin. A un moment donné il me fut imposé la macabre besogne d’évacuer les cadavres.\nIl m’est arrivé, en voulant sortir un mort du bac du troisiéme étage, et n’ayant plus la force nécessaire pour le retenir, de tomber à terre avec le cadavre sur moi. On devient à la longue indifférent à la vue du mort qu’on parvient à ignorer et qu’on manipule sans respect, comme un objet étranger.\nOn les trainait dans le lavoir où on les déshabillait pour les entasser les uns sur les autres, enchevêtrés, avec les jambes séchées comme du . bambou ou encore enflées d’eau. Les os saillants trouant la peau. Les figures dont l’expression derniére reflétait les dernières souffrances, ou bien empreintes de cette espèce d’hilarité macabre, causée par une bouche ouverte et tirée, les yeux grands ouverts qui semblaient vivre encore.\nMais ils ne souffraient plus. C’était terminé pour eux.\nSur leur poitrine osseuse où se dessinaient en relief leurs côtes, on inscrivait grossièrement, à la peinture rouge et au gros pinceau, leur numéro matricule et la lettre de leur nationalité.\nJe les regardais et ne parvenais pas à chasser les sinistres prévisions quant a notre sort inéluctable.\nLes latrines dont je parlerai plus tard, étaient les endroits où les mourants aimaient venir passer leurs derniers moments à l’abri des sévices. Bien souvent, ils y restaient couchés à méme le sol, dans le froid et l’humidité nauséabonde. Ils mouraient là sans mot dire, délivrés de toute torture. Et dire que ces cadavres sont les enfants chéris et attendus par une famille anxieuse à leur sujet. Des péres, meres, fréres et soeurs dont on attend leur aide dans leur foyer.\nCes étres humains qui ont résisté à l’ennemi nazi, qui ont tout donné pour leur patrie, pour la liberté de leurs prochains!\nCombien de centaines ai-je portés au four crématoire, ou conduits dans les wagonets sur rails en plein air, entouré de boches et de leurs chiens. Le travail devait étre exécuté en bon ordre.\nApres cette besogne macabre et insalubre, je n’avais même pas le droit de me laver les mains !\nLe souvenir le plus effroyable et le plus pénible en même temps, fut lorsque, accompagné d’un prisonnier russe, j’ai porté mon camarade DELCHAMBRE de Bruxelles. Je l’avais connu à la prison de Saint-Gilles. Arrivés au four crématoire, je voulais le déposer par terre. Mais mon aide russe n’ayant pas conscience de la gravité du moment, renversa la civiére avec la brutalité habituelle. La téte de mon ami heurta le sol gelé à tel point que j’en fus scandalisé. J’en eus le coeur déchiré. Voila comment l’homme peut devenir insensible et bestial.\nLes scénes affreuses furent courantes.\nRappelons que chaque bloc contenait entre 700 et 1.000 hommes. La nuit, tout était hermétiquement fermé. Celui qui par malchance devait satisfaire un besoin naturel, devait demander l’autorisation au garde. Gare à lui si le garde était mal luné ou qu’on avait fait trop de bruit. Il était incroyable qu’on devait ruser avec le gardien ou ses acolytes pour pouvoir se rendre au W.C. Celui qui s’y trouvait sans autorisation, en était chassé à grands coups de pied. De peur on faisait ses besoins sur place, dans n’importe quel endroit, hors de la vue de nos gardiens. C’est dans une telle mélasse que nous pataugions continuellement avec les conséquences imaginables au point de vue sanitaire.\nLes dysentériques, et peu y échappaient, qui n’avaient pas la force de se retenir ou le temps d’arriver avant qu’il ne soit trop tard, ou qui ne pouvaient attendre qu’une place soit libre, étaient forcés de se soulager où ils se trouvaient.\nPour l’usage des W.C., il fallait faire la file, et les chefs de bloc et les traqueurs avaient priorité absolue. Ils vous arrachaient de l’endroit, fini ou pas. On faisait nos besoins sur place, souillant le voisin. Le papier hygiénique n’existait pas. Les excréments étaient présents partout.\nLes boches avaient aménagé des toilettes pour le jour, une grande cabane commune. C’était une espèce de maisonnette sans portes, dont la grande partie centrale était occupée par une profonde fosse rectangulaire. Le long de chaque bord, un tronc de sapin, lisse et gluant, sans dossier, sert de siège, par endroits maculé d’excréments. Les usagers devaient bien se tenir pour ne pas glisser en arriére avec comme résultat un bain peu enviable dans la fosse. Des chutes se sont produites plus d’une fois avec issues mortelles à chaque occasion. Ces latrines ont un seul et énorme avantage! Ils sont le seul endroit où les prisonniers désoeuvrés peuvent se mettre à l’abri des intempéries et des coups de matraques.\nDans un coin du bloc se trouve \u0026ldquo;l’appartement\u0026rdquo; du blocman, étanche à pestilence des esclaves et accessible à lui seul. Rien n’y manquait, méme pas un bon feu.\nQuant aux Schlagers, ils connaissaient toutes les ficelles. Tous ceux qui \u0026ldquo;gouvernaient\u0026rdquo;, se servaient une part du butin qui entrait chaque jour. Ils étaient toujours bien habillés, ils étaient les seigneurs de la baraque. Ils frappaient, ils tuaient, par caprice ou par plaisir. Ils portaient sur la poitrine leur triangle de couleur verte, insigne des condamnés de droit commun dont ils devaient se montrer digne! Ils portaient également avec fierté un petit numéro. Peut-il encore leur rester une bribe de sentiments humains vis-a-vis de bagnards sans nom, tout celà dans un décor sauvage, isolé de toute trace de civilisation? Leurs occupations se résument à faire respecter la discipline par châtiments, bastonades ou flagellations.\nIl faut avoir vécu un \u0026ldquo;stage\u0026rdquo; dans un camp semblable, pour comprendre tout le sens du mot liberté, pour apprécier le charme d’une maison habitée par des gens libres et se souvenir d’un passé de bonheur. Pour les \u0026ldquo;kapos\u0026rdquo;, liberté est un mot rayé de leur vocabulaire. Ce sont des condamnés n’ayant aucun espoir de revenir un jour à la vie normale. Ils ont trop de crimes sur la conscience, mais ils conviennent parfaitement aux nazis pour détruire les milliers d’étrangers innocents et hostiles à la doctrine hitlérienne.\nJe m’empresse de préciser que presque tous les satellites des Kapos sont des slaves, des russes, méme des hollandais. Les slaves sont légion au camp; ils représentent certainement les trois quarts de tout l’effectif. Ce sont des bourreaux les plus fanatiques.\nN’étant qu’une faible minorité, Belges et Français sont perdus parmi ce troupeau et ils subissent la discipline sans la moindre protection.\nMaître Kapo dispose aussi de jeunes protégés, aux allures douteuses, comme les femmes dans le harem d’un pacha. Ces lêcheurs de bottes vont jusqu’à accepter et satisfaire à tous les vices des Kapos, tout cela pour une ration de soupe supplémentaire. Ignoble!\nIl est six heures du soir, la cloche sonne la fin de la journée. Tous les commandos sont rentrés du travail. Le camp grouille de prisonniers comme une fourmilière. Chacun doit prendre place dans les rangs pour l’appel. Il faut faire vite. C’est une vraie mêlée de gens pressés qui gémissent sous les coups, les \u0026ldquo;loos!\u0026rdquo; et \u0026ldquo;pop pjat\u0026rdquo;, \u0026ldquo;Tichstille\u0026rdquo;. Tout ce monde finit par être immobile, alignés par rangs de cinq, serrés devant les baraques quand les SS font leur entrée.\nIls notent le nombre de prisonniers. Cris sauvages et énergiques des Kapos. \u0026ldquo;Achtung!\u0026rdquo; - \u0026ldquo;Mutzen ab!\u0026rdquo; Le nombre de présences est transmis aux SS. Mille raisons rendent la comptabilité impossible; les causes : Les malades qui râlent dans les latrines, les décès inattendus!\nNous poirotons ainsi des heures dans le froid et la neige. Le compte doit être juste!\nNos chefs vont procéder à la distribution du casse-croûte. Les estomacs sont vides et les appétits féroces. Nous regagnons notre baraque en bon ordre et saisissons au passage le quignon de pain noir rassi d’environ 200 grammes. Après ce rapide et maigre repas, il ne nous reste plus qu’à nous mettre au pieu!\nLe lendemain, il faut peiner à des besognes durement épuisantes, sans une minute de repos, au-dessus de nos forces.\nPas très encourageant comme avenir \u0026hellip; C’est avec quelques inquiétudes que je fais partie d’un groupe d’une centaine de prisonniers, travaillant à du terrassement. Dès le lever du jour jusqu’a la tombée de la nuit, avec une demi-heure d’arrét à midi, le temps d’avaler gloutonnement une gamelle de soupe pour tout repas.\nManoeuvrer les pioches trop lourdes ou bien pelleter la terre avec des pelles trop grandes, porter des pierres à bout de bras, sur une distan- ce d’au moins cent métres. Une besogne harassante et ingrate, sous la surveillance des sentinelles postées dans les miradors.\nLe voisinage des mitrailleuses a pour effet d’aiguiser la vigilance des chefs de commandos et des surveillants. C’est avec un zèle incomparable qu’ils dirigent les travaux. Souffler un instant, c’est risquer la bastonnade. Les outils doivent travailler!\nSi un malheureux faiblit, qu’un autre ait les mains gelées et ne peut plus tenir un outil, aussitôt c’est la ruée des coups. On s’habitue très vite à ces tableaux de brutalité.\nMa première attention est attirée par une procession presque continuelle de porteurs de civières chargées de corps, se dirigeant vers le crématoire. L’odeur dégagée par un gros nuage, traînant bas, nous révèle leur ignoble et permanente activité. Nuit et jour, sans interruption, le four avale les cadavres que le commando des pompes funèbres lui amène.\nCombien de fois ai-je été désigné pour cette besogne écoeurante. A tel point, que quand j’y pense, je sens encore cette puante odeur dont mes habits étaient imprégnés.\nPas de danger d’étre mis au chômage, le travail est assuré.\nDerrière les blocs 20 et 21, s’élève un petit cabanon, à l’allure bien accueillante avec de belles fenêtres garnies de rideaux et fleuries.\nCurieuse petite villa, si jolie dans un tel décor de désolation!\nC’est le home d’une poignée de femmes, proprement vêtues, même jolies, où: sont reçues les personnalités du camp\u0026hellip;\nLe soir venu, une sonnerie spéciale annoncait aux possesseurs d’un ticket d’entrée, qu’ils pouvaient s’y rendre.\nJ’ai été désigné avec deux polonais pour repeindre une piéce de cette maison de prostitution. Ce travail d’intérieur n’était pas de longue durée. C’eut été trop beau! Peindre à l’intérieur, au chaud, en plein hiver! Quelle primeur!\nGardé par un SS Luxembourgeois, ayant fait la guerre de 14-18, actuellement volontaire de guerre nazi, il était très accueillant, fier de pouvoir parler francais parmi ces allemands. Il me parlait de Bruxelles où il avait été caserné pendant la guerre. Il prétendait avoir des amis à Schaerbeek et me donnait l’impression d’étre content d’avoir, en moi, rencontré un Bruxellois. Voila au moins de braves gens, disait-il.\nLe lendemain, il m’apportait une paire de chaussettes. Je passais de l’enfer au ciel. Un peu de gentillesse à la place des coups de matraque! Je n’avais plus entendu une parole normale depuis des mois. C’est lui qui me racontait que les habitantes du bordel étaient des Françaises, à qui on avait promis la liberté aprés six mois de \u0026ldquo;service\u0026rdquo;. C’était probablement un flagrant mensonge.\nEn face de ce bloc spécial, se trouvait la baraque n° 19 peuplée de gosses de 8 à 16 ans d’âge. Ils vivaient là dans un grouillement indescriptible, sous le méme régime que le nôtre, un peu moins dur sans doute, non astreints au travail. Les nazis leur accordaient l’oisivité, avantage appréciable pour cette frêle jeunesse. Malgré ce régime spécial, des gosses y mouraient par sous-alimentation et manque de soins en cas de maladie. Leurs cadavres suivaient le même chemin que les autres.\nEntre la cuisine et le bloc n° 1, on gravissait la côte par un énorme escalier qui séparait deux rangées de blocs, les baraques numéros 1 à 7 d’un côté, numéros 8 à 14 de l’autre. Cet escalier était un chef d’oeuvre de construction, comportant une centaine de marches de plusieurs mètres de largeur, en gros blocs de pierre taillés à la main, assemblés avec un outillage rudimentaire. Combien de vies humaines a-t-il coûté? Seules les pierres peuvent répondre à cette question. Le camp est truffé de pareilles constructions, de bâtiments, de miradors etc.\nIl existe, à proximité du camp, cette effroyable carrière, où de nombreux et malchanceux bagnards sont mis aux travaux forcés. Ce camp comprend la fameuse \u0026ldquo;Steinbrücke\u0026rdquo;, le chantier le plus sinistre et redouté de tout le camp.\nJe recois l’ordre d’aller grossir les rangs défaillants d’un commando de la \u0026ldquo;Steinbrücke\u0026rdquo;.\nDécembre est bien entamé et le froid persiste. Le vent froid souffle avec violence sur cette butte et la neige nous cingle la figure pendant notre travail de forçats. Ce commando maudit que je craignais tant est un coup dur pour le moral.\nUne centaine de prisonniers travaille en groupes pour le transport des pierres, sur un terrain abrupt et glissant. Cette pierre est criblée de petites pépites brillantes qui scintillent au soleil.\nCombien d’hommes cette Steinbrücke n’a-t-elle pas tués?\nLe travail y était tellement dur que nous arrivions a peine à marcher, morts de fatigue et d’épuisement.\nChancelants comme des ivrognes et insultés de fainéants, nous étions souvent ramenés en camion genre benne basculante, mourants et vivants, tous méconnaissables! Arrivés devant le camp, on nous déversait comme un chargement de gravier. Les Kapos arrivaient munis de tuyaux d’arrosage, pour nous asperger d’eau froide, puis d’eau chaude alternativement. Aprés ce traitement, au moins 50% de notre effectif était bon pour le four crématoire. Combien de bagnards ont-ils commencé leur journée sans pouvoir la terminer à cause de pareils traitements?\nLes infâmes bourreaux frappaient ces malheureux, même quand ils étaient tombés inanimés, la face dans la boue.\nBeaucoup de prisonniers ont trop souffert et n’en peuvent plus. Ils n’arrivent plus à réagir pour garder malgré tout, le moral afin de survivre. Ils sombrent dans une espèce d’indifférence, de désespoir, de laisser aller. A ce stade, n’ayant plus le moindre ressort, plus de volonté, ils approchent de cette phase tragique, c’en est fini d’eux, ils terminent leur pénible calvaire.\nJe parviens à profiter des mouvements de va et vient des groupes de prisonniers, pour me faufiler dans un autre commando!\nN’importe lequel, mais plus celui des pierres. C’est une question de vie ou de mort! Je suis dans un commando d’abattage d’arbres.\nLa m’attend une autre déception. II faut gravir toute une colline par un petit sentier glissant, chargé de deux sapins par homme. Travailler comme des bêtes de somme. Attention aux glissades, car les chiens sont à nos trousses pour nous ramener. On perd ainsi ses sabots et on ne parvient plus a les ratrapper. Celui qui a perdu ses sabots est obligé de continuer pieds nus dans la neige. J’ai vécu là des scènes cruelles, comme à la carrière.\nLe transport ne peut jamais s’arrêter, ni à aller, ni au retour.\nCertains prisonniers ont des plaies qui sont devenues purulentes. Ils doivent faire mille efforts surhumains pour porter ces troncs d’arbre. C’est pour eux un véritable chemin de croix, avec combien de chutes, combien de stations, combien de coups de matraques? Quand on a le bonheur de pouvoir rentrer le soir au camp, on est anxieux pour le lendemain. Pour quel travail sera-t-on engagé demain?\nLa semaine de Noël approche. Il fait un froid de loup, le ciel est dégagé avec une lune presque pleine et brillante. Chacun pense aux fêtes de Noël passées en famille les années précédentes. Chacun se souvient des buches de Noël, des réveillons, de la messe de minuit, de certains repas presque gastronomiques malgré le ravitaillement défectueux. C’était le bon temps !\nIl faudra bien prendre son mal en patience cette année encore, et passer ce beau jour chez les boches, aux frises avec la maladie, la faim, le froid et les autres misères des camps nazis.\nChaque fois que je peux diriger mon regard vers l\u0026rsquo;ouest, vers notre patrie, pour laquelle je me suis tant battu, j’éprouve une lueur d’espoir. Nous ne pouvons pas humer l’odeur des mets de Noël, mais nous en parlons entre nous, faisant des projets pour l’avenir, à notre retour au pays.\nIci nous ne respirons dans tout le camp qu’une odeur âcre de chair et de squelettes brulés.\nComme dans le temps où, à la Noël on faisait des feux de joie, ici on fait des buchers avec des fagots et des cadavres.\nQuelle triste veillée de Noël, ce 24 décembre 1944!\nLa nuit est tombée, il doit étre passé six heures.\nLe froid est terrible \u0026hellip;\nSoudain, un coup de cloche résonne dans le camp, aussi inattendu qu’anormal. Chacun s’interroge et pose des questions.\nBientôt grand branle-bas général dans tout le camp. Dans tous les blocs, on reçoit l’ordre de sortir.\nDes milliers de prisonniers se mettent en rangs autour de la grand-place, dont le centre reste libre. Le camp est éclairé de tous les feux de projecteurs. Le silence est imposé aux 15 à 20.000 bagnards. II est inquiétant !\nLes nazis organisaient un grand spectacle a leur façon! Nous devons assister à des pendaisons spectaculaires!\nLa traverse supérieure du goal de football servira de poteau d’exécution. Ils veulent nous donner une leçon, pour notre bien et pour celui de la communauté.\nQuelques SS armés arrivent au le lieu du supplice. Parmi eux un officier menaçant hurle quelques phrases en allemand, que nous ne comprenons pas. Puis arrivent les pauvres condamnés. Ils sont six et débouchent en file indienne d’un coin du camp, trottant entre plusieurs soldats bien armés. Ces malheureux ont les mains liées derrière le dos. On ne peut s’empêcher de penser au spectacle que les romains présentaient dans leurs amphithéâtres, lorsque les esclaves, sans défense, étaient jetés en pâture aux lions.\nLes six condamnés sont alignés devant la potence commune, qui mettra un terme à leur martyre.\nDes prisonniers installent des chaises et des planches sous la potence. Les condamnés sont calmes, résolus, héroiques. Leur courage défie les bourreaux. Comme un seul homme, ils montent sur les planches.\nL’officier rageur prononce une courte sentence, condamnant, sans appel, à la mort par pendaison, ces innocents, qui ont sans doute fait quelque chose contre le règlement du camp.\nIl faut de l’ordre et de la discipline !\nApres cette brève sentence, les vassaux, des prisonniers comme nous tous, passent une corde au cou de chacun des condamnés à mort. L’un des condamnés crie de toutes ses forces quelques mots, dont je n’ai jamais pu apprendre leur signification.\nTout est prêt, le silence est général, pesant. Chacun est effrayé de voir ces milliers d’hommes tenus en respect par quelques boches armés, auteurs de ces lâches tortures.\nEn cas d’intention de révolte, que faire, même avec le nombre de prisonniers, contre ces SS armés jusqu’aux dents!\nLes cris des condamnés n’ont pas eu le moindre écho. Des mitraillettes sont braquées sur les victimes.\nBrusquement, les planches bousculées se dérobent et six corps pendent par leurs têtes, dans le vide. La mort serait-elle subite? Certains corps avaient l’air de se contorsionner tout un moment, les pieds bougeaient, les corps tournent au bout de leur corde, la langue pendante.\nLes boches étaient satisfaits et convaincus que la leçon porterait ses fruits! Les léches-bottes des SS auraient droit à leur soupe supplémentaire.\nBruno Furch: Le Réveillon de Noël 1944 Imaginez-vous ce spectacle horrible: des pendus dans le décor d’un gigantesque arbre de Noël illumminé. Ces meurtres venaient s’ajouter aux tueries commises à l’ombre des salles de tortures!\nNous rejoignons nos baraques, nos coeurs gros et remplis de haine envers ces nazis bestiaux. A notre grand étonnement et complétement déroutés, nous fûmes reçus en musique. Le Danube bleu était joué par des musiciens du camp. Une telle démonstration de démoralisation collective est restée gravée dans nos mémoires à tout jamais. Nous pensions à cette chère liberté perdue, à laquelle on aspirait comme à un idéal chimérique.\nAlors que les déportés vivaient dans le fol espoir d’une proche délivrance par les armées Alliées, il fallut attendre encore 4 mois. Les 4 mois les plus difficiles, les plus meurtriers de la déportation pour qu’intervienne enfin pour trop peu d’entre nous, une libération tant attendue.\nMalgré tout, la Saint-Sylvestre s’annonce et l’orchestre du camp est présent.\nLe coeur gros, je me retrouve dans mon bac, parmi mes deux compagnons de nuit. D’un côté Maurice FIEVEZ, curé de Pont-à-Celles, de l’autre cété Charles GOYVAERT de Boechout. Une chose bien horrible se passait à ce moment: Charles ignorait que son frére Henri, également prisonnier au camp, était décédé l’aprés - midi !\nIl était bien 23 heures quand l’orchestre s’est retiré.\nCharles en vient à l’idée d’aller souhaiter la bonne année à son frére. J’ai fait impossible pour l’en dissuader, lui disant qu’il courrait un trop grand danger en sortant du bloc à cette heure-là. Le lendemain Charles me racontait que son frére était parti en commando de transport. Il a ignoré le décés de son frére, même aprés son retour au foyer. Il avait toujours, ainsi que ses parents, la certitude que son frére allait revenir de captivité. Mon ami Charles est mort dans son foyer des suites de sa captivité, quelques semaines après son retour du camp de Flossenbürg. Les parents Goyvaert n’avaient que ces deux fils. Tous les deux morts, victimes des bourreaux nazis, au service de . notre Patrie.\nQu’on ne les oublie jamais !\nEn cette veille de l’année nouvelle, je pense en premier lieu à ma Maman.\nC’est la premiére fois qu’il m’est impossible de lui exprimer mes voeux de bonne et heureuse année et de l’embrasser. Cette privation m’est plus pénible que toutes les autres miséres que j’ai connues jusqu’à ce jour. Je pense à sa vieillesse et au chagrin qui doit être le sien par l’incertitude et les appréhensions à mon sujet. Elle qui a eu la vie dure depuis sa tendre jeunesse, mes parents étant déjà orphelins très jeunes. Quel calvaire ma Maman n’a-t-elle pas connu? Mon pére qui avait une faible constitution était souvent malade. C’est avec un courage exemplaire que ma Maman l’a soigné durant dix-sept ans. Il est mort à l’âge de 45 ans, aprés trois interventions chirurgicales.\nMaman m’adorait.\nAi-je fait mon devoir vis-d-vis d’elle en la quittant pour servir ma patrie? Maman qui m’a tant choyé\u0026hellip;\nCet instant me parait plus morne et plus morose. C’est incroyable comme on peut tenir à la vie dans de pareils moments !\nJe souffre comme les autres détenus, mais je crois posséder un ange gardien spécial ! Je remercie le bon Dieu de m’avoir doté d’un physique aussi solide, d’une bonne constitution et d’un optimisme exceptionnel.\nMalgré tout, le moral s’améliore et l’espoir est dans nos coeurs.\nSelon une tradition ancestrale et jusqu’à mon dernier souffle, je crierai de toutes mes forces que j’aime ma patrie et que jamais, pour rien au monde, je ne commettrai la honteuse lâcheté de la trahir.\nCe n’est pas seulement à Noël et au nouvel an qu’il y avait de la musique dans les baraques. Afin d’encourager les \u0026ldquo;blocmans\u0026rdquo; et les \u0026ldquo;schlagers\u0026rdquo; dans leur brutal travail, les SS leur offraient régulièrement un concert le dimanche. Sur l’ordre des SS, certains détenus avaient formé un orchestre. Des musiciens de tout premier ordre, des prix de conservatoire, des chanteurs connus - au total environ une trentaine. Les détenus en profitèrent également. Mais n’ont - ils pas martyrisé les mourants, malgré qu’ils jouaient de tout coeur pour adoucir les moeurs et nous apporter un peu de gaieté? Car la musique engendra très vite la tristesse.\nLe lendemain, en sortant de la baraque, je découvrais prés de la fenêtre donnant sur la place du camp, un tas de cadavres. Il me semblait tellement important que je m’empressai de m’y rendre.\nJe constatais avec horreur que leur nombre approchait bien les quatre-vingts corps, entassés les uns sur les autres, dans des poses les plus insolites qui démontraient ce que ces malheureux avaient eu a endurer avant de mourir.\nVictimes de Flossenbürg KZ Victimes de Flossenbürg KZ Le semblant de joie de la veille fut du coup transformé en mélancholie.\nC’étaient les restes des prisonniers ayant fait partie de la corvée des mines qu’on avait ramenés de leur travail.\nLes morts devaient étre remplacés pour assurer l’activité de la carriére. Ils avaient donc besoin de nouveaux forçats valides.\nNouvel appel devant le bloc; les prisonniers devaient passer I’un aprés l’autre devant un allemand, flanqué d’un prisonnier muni d’un pot de peinture rouge et d’un gros pinceau.\nCe fait nous indiquait qu’ils organisaient le transport d’un nouveau convoi en triant les prisonniers suivant leur constitution, qui recevaient un n° d’ordre de 1 à 4.\nNus comme des vers, nous défilions devant l’expert vétérinaire, qui d’un coup d’oeil décidait de la destination du prisonnier. A mon tour je suis reconnu apte pour le transport, un n° 2 ayant été marqué sur mon front. A titre d’information voici la signification de ces chiffres:\nle n° 1 pour les bien portants aptes aux durs travaux, rarement employé vu l’état de faiblesse générale des détenus; le n° 2 pour les hommes encore relativement capables d’effectuer de rudes besognes ; le n° 3 pour les affaiblis dont ils pouvaient encore obtenir quel- ques services; le n° 4 était réservé aux malheureux qui étaient désignés pour le transport vers la chambre à gaz. Le SS choisissait le nombre nécessaire; je fus heureusement exempté de cette corvée. Il fallait avoir une chance inouïe pour arriver a survivre dans cet enfer.\nUne épidémie de dysenterie règnait dans le camp. Chaque baraque concernée était mise en quarantaine. Mais aucune autre disposition n’était prise par les autorités du camp. Un sujet sain ayant été en contact avec un malade pouvait être atteint. Le microbe de la dysente- rie peut se transmettre par la literie, le contact corporel ou par les aliments. Le début est brusque et se manifeste par des nausées, des vomissements et de la fiévre.\nSuivent les coliques qui se produisent par crises, surtout au moment des selles qui deviennent incessantes,souvent plus de vingt fois par nuit, parfois accompagnées de saignements. Nous n’avions ni médicaments, ni assistance médicale.\nVictimes de la dysenterie au KZ Flossenbürg Victimes de la dysenterie au KZ Flossenbürg Je m’en suis remis après environ une quinzaine de jours, alors qu’il y eùt un important pourcentage de décés parmi les prisonniers atteints.\nLe camp fut simplement condamné et abandonné à lui-méme.\nDans une déposition sous serment devant la Cour Internationale de Nürenberg, pendant le procés des principaux criminels de guerre comme Goering et consorts, des témoins ont parlé de plusieurs centai- nes de morts, par manque de soins, d’hygiène et de propreté a tous points de vue.\nJ’eus la chance d’aller aux douches deux fois en six mois.\nCe fut loin d’avoir été une partie de plaisir. Nous entrions dans une piéce rectangulaire au carrelage trempé. Toutes fenêtres largement ouvertes, l’air était vicié et empestait le chlore. Nous devions nous déshabiller en vitesse, sous les coups de matraque. D’aprés les dires, nous en avions pour la durée de la nuit. Les hommes quittaient leurs hardes qu’ ils entassaient pêle-mêle dans un coin. Nous étions tous nus. C’était à ne pas comprendre comment certains pouvaient rester encore debout. Avec la brusquerie sauvage des Kapos, nous fûmes refoulés au fond de la salle, les uns contre les autres, pour ensuite défiler en file indienne vers l’autre extrémité de la salle, devant le service coiffeur chargé de l’inspection du système pileux. Personne n’y échappait. Cette opération terminée, au bout de deux heures peut-être, nous nous dispersions pour subir les douches. Un quart d’heure sous la douche froide. Nous étions lavés et propres mais à quel prix !\nNous claquions des dents, puis tout à coup l’eau arrivait presque bouillante.\nLe même manége recommence pour le service de désinfection, et des poux ils en trouvérent! Nous passions devant un homme qui nous vaporisait, sur la téte, sous les bras et au postérieur, une espèce de liquide gras, piquant et mordant. Les poux et les puces furent rude- ment dérangés! Notre nuit semblait interminable.\nAu petit jour, c’était ’arrivée de nos vêtements, qui avaient été traités dans des fours de désinfection. Ces vétements étaient rapportés par des corvées désignées a cet effet.\nLes vêtements étaient fort mélangés et c’était la ruée, sous les coups de matraques, pour arriver à récupérer ses propres guenilles.\nFatigués, sans avoir dormi, nous rentrions au bloc en bon ordre. Une nouvelle journée de travaux forcés nous attendait et notre vie de forçats se poursuivait.\nL’incertitude lancinante du lendemain !\nNous subissions des moments d’extréme faiblesse physique et aussi morale, certains que la mort nous guettait. Un matin, mon ami Joseph DEDOBBELEER fut désigné pour partir en commando. On avait Vhabitude de réciter une prière ensemble.\nMon ami Joseph, en m’embrassant me dit:\n\u0026ldquo;Je ne te reverrai probablement plus, car je me sens malade.\u0026rdquo;\nIl est cependant revenu, totalement épuisé, pour mourir au camp, le 2 avril 1945, même pas un mois avant notre libération!\nIl m’implora d’avertir sa femme, ses enfants et ses parents et de leur rapporter ses derniéres paroles.\n\u0026ldquo;Dites leur bien, que j’ai souvent rêvé du retour au foyer dans ma douce patrie, que mes derniéres pensées étaient prés d’eux\u0026rdquo;.\nNous devions travailler dehors par une température de moins 25 degrés, sans chaussettes ni gants, vétus de notre léger costume rayé. Il en résultait des doigts, des mains, des pieds gelés.\nVingt-cing coups de fouet au malheureux qui se portait malade. IIs furent tous renvoyés au travail en dépit de leurs engelures et autres maladies.\nIl fut procédé à des amputations de doigts, de mains ou de pieds. Chaque fois avec des suites mortelles.\nMon ami Maurice FIEVEZ souffrait d’un mal fort répandu dans le camp, une espèce d’oedème purulant qui se manifestait par une plaie à la jambe. Maurice n’osait plus se présenter a l’infirmerie. Le blocman, certainement au courant de l’avancce des Alliés, tolérait qu’il restat dans son bac. D’aprés les renseignements obtenus d’un médecin, Maurice était probablement atteint d’une maladie appelée ECTHYMA. La lésion débute par une pustule, puis s’étend en profondeur et en surface. Parfois elle se complique de lymphangite et d’adénité. Les ulcérations sont parfois gangréneuses. L’ecthyma atteint les surmenés, les diabétiques, les variqueux. Souvent le grattage introduit la saleté dans la plaie et surtout ces lits pleins de poux, sont la cause de la propagation. Les stations debout ainsi que la mauvaise alimentation peuvent également jouer un rôle.\nMaurice souffrait, le martyre, sans intervention médicale.\nJ’ai essayé de laider avec les moyens du bord. J’ai déchiré des morceaux de ma chemise que je trempais dans l’eau chaude de la vaisselle, provenant de la cuisine des SS. Maurice prétendait que ce traitement le soulageait. Finalement, la chair se décomposa à tel point que l’odeur m’incommodait.\nLe camp fut délivré par les américains, le 23 avril 1945. Maurice s’est trainé jusqu’a l’entrée du camp afin de saluer nos libérateurs. Le sang lui coulait de la jambe.\nIl a retrouvé la liberté, mais au prix de quels sacri-fices!\nArrêté le 1er décembre 1942 sur l’autel de son église à Pont-à-Celles pendant qu’il célébrait la messe, il est mort au camp d’extermination de Flossenbürg, le 26 avril 1945, complétement épuisé par sa longue détention.\nNous avions convenu, qu’a notre retour au pays, nous irions boire une gueuze à la taverne \u0026ldquo;Au Damier\u0026rdquo; à la gare du Midi à Bruxelles.\nMalgré notre libération, le Bourgmestre de Flossenbürg avait la responsabilité du camp. Je lui ai demandé l’autorisation d’enterrer notre camarade Maurice dans une tombe au lieu de jeter ses cendres dans la fosse commune. Ce qui fut refusé\u0026hellip;\nLa Présidente des Anciens de Flossenbürg a soi-disant ramené le corps de Maurice chez sa famille à Frasnes-lez-Buissenal. Je sais avec pertinence que ce n’est pas Maurice, mais \u0026hellip;\nDepuis plus de quarante ans, chaque ler novembre, je vais déposer des fleurs sur cette tombe, qui contient les restes d’un de ceux qui ont souffert comme moi à Flossenbürg et qui n’a pas eu la chance de survivre.\nJe considére ce geste comme un devoir et en méme temps je revois les FIEVEZ qui sont devenus ma famille.\nEtrange \u0026hellip;\nJ’ai fait la connnaissance de Maurice FIEVEZ au mois d’août 1944 a la prison de Saint-Gilles; il venait de la prison de Charleroi.\nLes boches m’ont régulitrement déplacé et j’ai goûté de pas mal de \u0026ldquo;maisons\u0026rdquo;: Bayreuth, Ebrach, Bamberg, Flossenbürg.\nCoïncidences presqu’incroyables: c’était dans la même cellule que je retrouvais régulièrement Maurice.\nLe 8 mars 1945, tard dans la nuit, un convoi de nouveaux prisonniers débarque au camp. L’encombrement est tel dans le camp, que les déportés sont obligés de coucher dans les allées entre les blocs, dans les lavabos et méme dans les toilettes.\nLes typhiques, les tuberculeux et autres malades sont mêlés aux autres détenus. C’est un mélange épouvantable.\nSubitement, j’entendais appeler à hauteur de mon bac:\n\u0026ldquo;Petit belge, n’aurais-tu pas une petite place pour moi ?\u0026rdquo;. Reconnaissant la voix, je criai \u0026ldquo;Maurice!!\u0026rdquo;. Mon ami Maurice portait le n° 86.379.\nJe l’ai tiré prés de moi et nous ne nous sommes plus quittés jusqu’a sa mort.\nLa vie au camp continuait comme auparavant.\nNotre horaire de travail des derniers jours avait été horrible. Réveil à 3h.30’, faire 3 km. à pied, traqués comme des bétes. Retour le soir vers 20 heures, appel à 22h. En un mot, il nous restait un temps de repos de cing heures, avec comme subsistance 200 gr. de \u0026ldquo;pain\u0026rdquo; et les derniers jours une poignée d’avoine. Je me sentais mal en point.\nAfin de nous changer un peu les idées et de trouver un peu de repos, nous pouvions nous déplacer librement sur la place du camp le dimanche. Nous retrouvions ainsi quelques hommes de notre groupement et quelques amis. A un moment donné, nous avons aperçu en file indienne un groupe de détenus avec SS et chiens, qui se dirigeaient vers les lavoirs.\nIls étaient chargés de couvertures de morts de dysenterie, couvertures souillées de sang et d’excréments.\nDans ce groupe figurait X , qui nous avait vendus a l’ennemi.\nNous fûmes surpris de voir sa mine défaite, souffrante et fatiguée, maigre et répugnant de saleté. Il était crotté des pieds a la téte.\nVoila Bursens qui tomba, les chiens l’attaquaient tandis que le surveillant boche lui donna un coup de pied en pleine figure, de sorte que le sang lui coula de la bouche. Nous en fûlmes stupéfiés !\nA son retour du lavoir, il est venu nous demander pardon pour sa conduite peu glorieuse envers nous.\nNous n’en croyions pas nos yeux! Il disait en pleurant :\n\u0026ldquo;N’avez-vous donc pas encore pitié de moi, n’ai-je pas assez souffert?\u0026rdquo;\nNous avions la certitude que jamais personne ne sortirait vivant de ce maudit bagne! A ce moment, notre groupe comptait déja quatre morts. Malgré que X nous avait lâchement vendus aux boches, nous primes la décision de lui pardonner. C’est la raison pour laquelle je ne me suis jamais opposé à l’honneur que notre commune de Merchtem lui a rendu aprés la guerre, en placgant une plaque commémorative sur la façade de sa demeure et en donnant son nom a une rue. Mais cela restera pour mes camarades morts, survivants et moi-méme, une grave injustice. Il avait éte faible,même avant les interrogatoirs de la Gestapo et croyant à leurs fallacieuses promesses, croyant sauver sa peau, il nous avait \u0026ldquo;donnés\u0026rdquo;.\nIl faut savoir pardonner, mais pas oublier!\nAutre fait effroyable à l’actif des gardiens boches: un gosse d’environ 14 ans, un seau à la main, croisait un boche SS. Celui-ci, pris d’une rage sadique, le rappela et lui dit \u0026ldquo;Et le salut et le garde-a-vous devant vos supérieurs ?\u0026rdquo; L’officier prit le calot du gamin et le jetta à terre. Le petit bonhomme voulut ramasser sa casquette. Il n’eut méme pas l’occasion de se redresser! Le boche l’abbatit de trois balles de revolver!\nEmmanuel MEGENS, tellement malade qu’il ne tenait plus sur ses jambes, trébuchant, il arriva une fraction de seconde trop tard pour présenter sa gamelle sous la louche, lors de la distribution de la soupe. Comme un enragé, le schlager prit un bloc de bois, asséna deux, trois coups sur la téte de ce malheureux et le tua sur place! Je vous prie de bien vouloir me pardonner la cruauté de ce récit tragique, mais c’est la vraie réalité !\nFaire-part de décès de Emmanuel Megens Aprés mon retour au pays, c’est le coeur gros que je me suis rendu auprés des parents d’Emmanuel, rue des Alouettes à Anderlecht. Les pauvres parents en furent effondrés. Nous avons pleuré tous les trois, eux avec un chagrin indescriptible, la mort de leur fils; moi, j’ai revécu la scéne de cet assassinat, dont le souvenir ne me lâche plus.\nLe papa nous proposa de boire une tasse de café pour nous permettre de calmer nos larmes et notre chagrin.\nSouvenez-vous de nos morts! Souhaitez que jamais plus cela ne puisse se représenter !\nBeaucoup de nos compagnons demandaient d’être exécutés afin d’abréger leurs souffrances. D’autres imploraient de pouvoir crêver, sans oublier ceux qui juraient ou priaient, ceux qui hurlaient et devenaient fous!\nLe calvaire de ces mourants, fût que nous n’avions, pour ces malheureux, même pas une goutte d’eau a leur offrir!\nJ’ai vu un prisonnier complétement dérouté, malade et fiévreux, boire sa propre urine.\nChangement de situation !\nLe moral s’améliore, l’espoir revient dans nos coeurs. Des centaines d’avions passent, au-dessus du camp, en vagues successives, pendant plus d’une demi-heure. Que peuvent-ils bien chercher dans ce coin? Peuvent-ils nous apercevoir de là-haut? Les pilotes ont certainement aperçu notre camp! La fumée du crématoire qui provoquait ce gros nuage noir devait étre sûrement visible!\nCombien de temps pourrons-nous encore résister?\nLa nervosité gagnait nos gardiens, un changement total caractérisait lattitude des kapos!\nL’appel du soir se fit mais sans compter les détenus. Plus de hurlements, plus de coups!\nLes aviateurs avaient peut-étre répéré l’usine Messerschmidt. Nous espérions un bombardement!\nPlus personne ne donnait encore des ordres. Quel désarroi!\nJe me sentais mal en point depuis quelques jours. Pourrais-je voir arriver nos libérateurs? Je présente des symptômes de typhus. Mes lévres se désèchent et la soif me dévore. Brusquement un frisson et des vomissements. Mon appétit d’habitude vorace tombe à zéro. L’oedème fait enfler mes pieds, je tousse et je transpire. Je me suis traîé jusqu’à l’infirmerie pleine à craquer. Par chance on évacuait un cadavre. Par miracle, j’ai eu la force de me glisser à sa place devenue vide. J’étais parmi les autres mourants \u0026hellip;.\nTyphus exanthématique, encore nommé pitéchial, maladie infectieuse ayant des points de ressemblance avec la fièvre typhoide. Elle est contagieuse dés l’incubation, jusques et y compris la convalescence.\nMême les cadavres seraient contagieux!\nOn doit noter parmi les causes prédisposantes, les fatigues, les souffrances morales et physiques, les aliments contaminés, l’air confiné des bagnes, des prisons. Le typhus est cause d’épidémies terribles. Cette maladie prédomine pendant la saison froide.\nL’infection est causée par les poux, les puces et les punaises.\nLes vêtements de typhiques, leur literie, leurs effets recèlent des éléments de contagion.\nLe malade est las, souffre de maux de tête et a souvent des sensations de vertige. La mortalité varie selon les conditions de vie; on admettait dans le camp la proportion de 50 à 80 %.\nLe Général Mac Mahon a défini le typhus venant du grec et signifiant :torpeur.\nOn en meurt généralement ou on devient idiot.\nJe me sentais instable et très affaibli.\nJ’ai survécu par miracle! Vers le dixième jour, j’ai senti une amélioration et il me semblait que la mort s’éloignait. Mon voisin d’infirmerie connut également cette faveur ou chance! C’était un vrai belge, Monsieur ADDONS, marié à une femme d’Opwijk. Comme le monde est petit! Un changement total avait eu lieu pendant notre séjour à l’infirmerie.\nLes SS avaient évacué le camp en désarroi, amenant avec eux 16.000 détenus pour une marche forcée vers Dachau. La fameuse marche de la mort.\nJ’ai retrouvé mon ami Maurice à l’infirmerie, ignorant comment il y est arrivé!\nChancelant et errant dans le camp, j’ai découvert un tonneau de choucroute dans une baraque des SS. Tous les prisonniers restés au camp eurent ainsi quelque chose à manger.\nCertains de notre proche délivrance, nous avions confectionné une pancarte; nous avons défilé clopin-clopant par pays représenté. La couleur qui servait du temps des boches, à marquer les cadavres, vint bien à point.\n\u0026quot; PRISONERS HAPPY END ! WELCOME !\u0026quot; # Nous fûmes libérés le lundi 23 avril 1945 à 10 h. 30’, deux jours avant mon anniversaire.\nLes premiers américains à pénétrer dans notre camp, furent le Major Bill Falvey James, accompagné d’un médecin et d’un interpréte. Si mes souvenirs sont exacts,il s’agissait de W. Campbell M.D. et de William McConahey. Ils nous ont sauvés. Comment leur témoigner notre reconnaissance !\nJ’ai averti le major que nous étions contagieux, atteints de typhus, mis en quarantaine et enfermés pour ne pas propager ce fléau. Il nous fit comprendre que la Croix Rouge allait s’occuper de nous.\nLes américains nous regardaient d’un air apitoyé, jusqu’aux larmes. Ils nous jetaient ple-m^^le, par dessus la grille de clôture, tout ce qu’ils possédaient de vivres, friandises, chocolat, cigarettes, etc. Il y eut des batailles entre les prisonniers pour la possession de ces merveilles auxquelles nous n’étions plus habitués. Ils étaient affamés et voulaient satisfaire a leur faim. Triste souvenir. Ils se battaient entre eux comme des enragés.\nNos libérateurs étaient des soldats du 538° Régiment d’Infanterie de la 90eme division américaine.\nLe lendemain, le 24 avril 1945, arriva une équipe de médecins et d’infirmiers. Chaque malade typhique recut une injection de salicylate de soude; les autres furent soignés selon leur maladie. Les malades étaient au nombre de 1.526. L’enquête américaine révèle ce qui suit: tous très malades, 180 cas de typhus aigu, 98 tuberculeux, 12 diphtériques, 2 cas de malaria, etc.\nLa nourriture que nous recevions de nos libérateurs était abondante. Les détenus en abusèrent et plusieurs ne le supportèrent pas. Le passage d’un régime de totale privation à celui de plantureuse abon- dance, fut fatal pour plus de 200 malades.\nNous devions nous modérer, mais la faim et la soif étaient atroces.\nNous vivions en attendant notre rapatriement. Un ciel bleu recouvrait le camp et il y règnait un calme imposant.\nLes anglais des services de renseignements et d’action vinrent récupérer leurs agents prisonniers comme nous. Faisant partie de ce groupe, je suis parvenu en Belgique avec eux le 22 mai 1945.\nLors de notre passage au Quartier Général à Weiden, nous fûmes reçus par l’Etat Major Américain. Pour le petit bonhomme de Merchtem que j’étais, ce fut un hommage inoubliable. Nous fûmes reçus comme des princes! Je suis arrivé à Bruxelles en jeep, aprés cinq jours de route. C’est à Bruxelles que j’eus le plaisir de rencontrer la premiére personne habitant Merchtem, depuis mon arrestation. Notre ancien Bourgmestre, Monsieur J.Van Ginderachter, se donna la peine de venir me chercher pour me ramener chez ma Maman. Ce fut magnifique. Les habitants de Merchtem nous réservérent un accueil inattendu de bienvenue. Mon calvaire était terminé!\nQuelle joie de pouvoir revivre! Ne cherchez pas à en comprendre le motif. C’est indescriptible.\nPeu avant leur départ précipité, les SS firent rapidement badigeonner de blanc, le mur impreigné de sang. Un grand nombre d’éxécutions eurent lieu contre ce mur, dans la cour de la maison d’arrét.\nLe mur hâtivement blanchi à la chaux, marqué par les taches de sang. Mais revenons un peu en arriére, pour examiner ce que fut I’évacua- tion du camp par les SS.\nMonsieur Emile LAUNOIS, ex-prisonnier politique, interné à Flos- senbürg, participa à la marche de la mort. Il m’a communiqué les renseignements suivants, complétés par ceux de Messieurs VOLMER et ANTONI.\nLe 19 avril 1945 fut une journée comme les autres, sauf le départ du camp de tous les Juifs. Pourquoi seulement les Juifs?\nSelon certains bruits, tous ces pauvres Israélites furent massacrés le même jour, à peine sortis du camp.\nLes SS s’obstinérent à nous évacuer, à nous amener plus loin, mais ou? Les Américains avancent, venant de l’ouest, les Russes venant de l\u0026rsquo;est. Allons-nous tomber entre les mains de ces derniers?\nComment serons-nous traités par eux? Un dernier regard sur le camp maudit et nous voilà en route, à pied. Ayant marché à peine une centaine de mètres, nous vîmes le chemin jonché de cadavres.\nOn voudrait bien imaginer ces malheureux tentant de fuire ou de s’évader. Hélas non! A bout de forces, ne pouvant plus suivre, ils furent froidement abattus par les SS. Tous les traînards se firent tuer d’une balle dans la tête et la marche continuait. Les habitants avaient reçu l’ordre d’enterrer ces cadavres sur place. Il fallut marcher encore, surmonter nos défaillances et suivre la colonne, sans repos, sans nourriture, sans eau, hantés par la peur d’être abattus comme des chiens.\nIl y avait des morts tout le long du chemin. A la nuit tombée, nous passions devant des centaines de cadavres de ceux qui nous avaient précédés.\nLe 23 avril 1945, nous entendîmes des coups de canon, le bruit des mitrailleuses se rapprocha. Un avion de reconnaissance américain survola notre colonne, guidant les troupes de Patton dans la poursuite des nazis. Cela cognait et crépitait de partout. Les civils allemands se ruèrent, pour les piller, sur les débris de la Wehrmacht, qui fuyaient avec armes et bagages ou du moins avec ce qui en restait. Ces soldats en fuite, récupérèrent tout véhicule qui pouvait les aider a s’éloigner d’un front pour se jeter dans la gueule de l’ours. Ils étaient pris entre deux feux, dans une inexorable tenaille qui les anéantirait. Juste retour des choses.\nLa colonne ayant perdu ses gardiens et SS était libre sans s’en rendre compte, mais aprés avoir payé de combien de vies humaines ! Cette marche d’une horreur indescriptible exigea environ 7.000 morts.\nD’aprés Messieurs VOLMER et ANTONI, un seul convoi est arrivé a destination à Dachau. Il comptait 2.654 déportés survivants, mais dans quel état! Les autres furent assassinés en cours de route.\nL’armée américaine avait coupé la route vers Dachau et ce n’est que peu de jours avant la capitulation allemande que ces misérables prisonniers furent libérés, prés du lac Chiemsee, le 2 mai 1945.\nAprés cette fameuse marche de la mort, on trouva 5.400 cadavres non identifiables, le long de cette route, en avril-mai 1945.\nVictimes de la marche de la mort L’inscription apposée sur la cheminée du crématoire de Flossenbürg, apres la guerre, évalue le nombre total des morts à plus de 73.000 ; 296 décédérent encore aprés l’arrivée des américains.\nDans un registre des procés-verbaux, il est noté, que le comité constitué lors de la libération du camp, ne put parvenir à établir exactement le nombre de morts.\nAprés cette épouvantable odyssée, ces faits terrifiants, cette terrible histoire, cette guerre apocalyptique, malgré les rancoeurs, les misères, les offenses subies, les ressentiments, les douleurs et tortures endurées, il nous appartient de pardonner mais aussi de nous en souvenir, afin de faire en sorte que les générations futures n’aient plus à supporter les mêmes calvaires, ni à connaitre de tels procédés d’extermination de peuples qui pensaient autrement que les maitres du moment.\nIl est néanmoins essentiel pour poser un exemple et pour que de tels faits ne se représentent plus jamais, que les vrais coupables, chefs et exécutants qui sont à l’origine de ces supplices soient punis comme ils le méritent. Qu’ils ne puissent jouir d’aucune liberté d’esprit, ni de corps. Les tribunaux se doivent d’étre impitoyables dans leurs juge- ments pour qu’aucun coupable ne puisse se glisser au travers des mailles du filet de la répression.\nCar nous avons connu l’attitude outrageante de nos bourreaux, lors de leurs procès devant le tribunal de Nürenberg. Hélas trop de ces coupables se sont enfuis vers l’étranger ou se sont perdus parmi la masse de leurs concitoyens. Il convient de rappeler qu’a l’époque de la montée du nazisme, la grande majorité des habitants du Grand Reich, croyait en son Führer et ne jurait que par lui.\nJe faits appel à mes contemporains, du plus humble citoyen aux plus hautes instances qui dirigent notre pays, de bien vouloir s’en souvenir.\nL’indifférence et les marques d’ignorance de notre prochain, font du mal aux malheureux qui ont subi ce calvaire.\nNos glorieux morts nous apprennent qu’il existe quelque chose de plus précieux encore que la vie.\nC’est la LIBERTE, qui est la base du bonheur, qui nous montre la route du courage, de l’abnégation et de Il’honneur.\nCeux qui ont porté le pyjama rayé avec triangle rouge de prisonnier politique n’oublieront jamais.\nAvant que les derniers témoins se taisent pour toujours, ce n’est pas d’un récit qu’on peut avoir besoin, mais d’une lecon.\nC.J.Droesbeke.\nMerci à tous ceux qui m’ont rappelé certains faits et spécialement à la jeune Française Anne MERILLON (17 ans) pour ses impressions et ses phrases réconfortantes.\n","date":"20 Janvier 2026","externalUrl":null,"permalink":"/fr/posts/wals/","section":"Posts","summary":"Avant-propos # Je dédie ces quelques pages à mon épouse qui, malgré son jeune âge, au risque de sa vie, a fait de la résistance en m’accompagnant lors de l’exécution d’actes de sabotage pendant l’occupation de notre patrie par les hordes nazies.\nJe dédie également ce récit au Colonel J. VAN RUYCHEVELT dont le père est mort dans un camp de concentration. Il comprend mieux que quiconque, ce que fut pour les concentrationnaires, la vie de bagnards, sous la houlette des SS et des Gestapistes.\n","title":"La Valse dans l'ombre","type":"posts"},{"content":"","date":"20 Janvier 2026","externalUrl":null,"permalink":"/fr/posts/","section":"Posts","summary":"","title":"Posts","type":"posts"},{"content":"","externalUrl":null,"permalink":"/fr/authors/","section":"Authors","summary":"","title":"Authors","type":"authors"},{"content":"","externalUrl":null,"permalink":"/fr/categories/","section":"Categories","summary":"","title":"Categories","type":"categories"},{"content":"Il est impossible de se faire une idée réelle de la cruauté du KZ Flossenbürg sans y avoir séjourné soi-même. Nous aurions tout intérêt à lire le plus grand nombre de témoignages possible, mais l\u0026rsquo;examen des chiffres suffit à lui seul pour réaliser qu\u0026rsquo;il s\u0026rsquo;agissait d\u0026rsquo;une véritable « usine de la mort ».\nL\u0026rsquo;arrivée de C.J. Droesbeke # Le 16 décembre 1944 – jour du déclenchement de l\u0026rsquo;offensive des Ardennes – C.J. Droesbeke arrive à Flossenbürg. Ce jour-là, deux transports entrent au camp :\n**Transport 1 (Staatspolizeistelle Chemnitz)** : 56 hommes, dont 25 Belges, 16 Français, 11 Néerlandais, 2 Polonais et 2 Tchèques. **Transport 2 (Staatspolizeistelle Nürnberg-Fürth)** : 95 hommes, dont 57 Belges et 38 Français. Au total, 151 prisonniers sont arrivés ce jour-là. Des numéros de matricule allant de 37.791 à 39.941 leur ont été attribués. C.J. Droesbeke faisait partie du second transport et reçut le matricule 39.888.\nUn taux de survie de 12 % # Sur ces 151 personnes, 74 furent transférées vers d\u0026rsquo;autres camps. Parmi les 77 prisonniers restés à Flossenbürg, seuls 9 ont finalement survécu. C.J. Droesbeke était l\u0026rsquo;un d\u0026rsquo;entre eux.\nCela signifie que pas moins de 88 % n\u0026rsquo;ont pas survécu à l\u0026rsquo;horreur. Pour ceux qui ont succombé, la lutte n\u0026rsquo;a duré en moyenne que 70 jours. Six d\u0026rsquo;entre eux sont même décédés moins de 15 jours avant la libération. Les chiffres parlent d\u0026rsquo;eux-mêmes.\nTémoignage de Richard Coudenijs # Dans le livre Getuigenissen uit de concentratiekampen (Martin Heylen \u0026amp; Marc Van Hulle), Richard Coudenijs raconte son séjour bref mais traumatisant :\n« Le 13 mars 1945, Richard fut transféré à Flossenbürg pour seulement cinq jours, mais ce fut suffisant pour réaliser quel lieu infernal c\u0026rsquo;était. À notre arrivée, pour le divertissement des gardiens allemands du camp, un prisonnier fut battu à mort sous mes yeux. \u0026ldquo;Il faut rester hors de leur portée\u0026rdquo;, pensai-je immédiatement. Un peu plus loin, un prisonnier handicapé fraîchement arrivé reçut une injection, après quoi il s\u0026rsquo;effondra instantanément, mort. Oui, je m\u0026rsquo;estime toujours heureux qu\u0026rsquo;ils ne m\u0026rsquo;aient gardé là-bas que cinq jours\u0026hellip; »\nListe du 16/12/1944 # Voici la liste des 151 prisonniers arrivés à Flossenbürg le 16/12/1944 :\nN° KZ Flos ⇅ Nationalité ⇅ Nom ⇅ Prénom ⇅ Date de naissance ⇅ Lieu de naissance ⇅ Date de décès ⇅ Âge à l\u0026#39;arrivée ⇅ Profession ⇅ 39791 Tchèque Spot Karel 22-8-1920 Tocnik 24 Fonctionnaire 39792 Tchèque Blazek Jaroslav 11-8-1917 Zasada 15-4-1945 27 Droguiste 39793 Belge Verhellen André 7-3-1910 Brussel 6-3-1945 34 Imprimeur 39794 Néerlandais Hendriks Dzienus 9-3-1924 Musselkanaal 20 Comptable 39795 Néerlandais Merlent Gerhard 9-9-1918 Koudekerke 19-2-1945 26 Cuisinier 39796 Belge Aerts Jan 20-6-1924 Begijnendijk 16-3-1945 20 Expéditeur 39797 Belge Macquart Lucien 20-12-1917 Tournai 26 Tourneur 39798 Belge Stiell Raoul 20-10-1912 Brussel 4-2-1945 32 Employé 39799 Belge Addans Frederic 15-10-1912 Vorst 32 Tourneur 39800 Belge Impatient Felix 5-1-1913 Brussel 31 Ouvrier 39801 Belge Pype Henricus 8-12-1923 Beveren - Roeselare 22-2-1945 21 Commerçant-Interprète 39802 Belge Van Muysewinkel Josepf 21-3-1918 St. Pieters Leeuw 19-3-1945 26 Fraiseur 39803 Néerlandais Jansen Lucas 31-12-1920 Groningen 8-3-1945 23 Commerçant 39804 Néerlandais Bogers Hendricus 30-11-1919 Breda 25 Ajusteur 39805 Néerlandais Weenink Cornelis 23-5-1921 Utrecht 24-2-1945 23 39806 Français Montagut Marcelin 4-11-1922 Bordeaux 22 Plombier 39807 Belge Lappere Marcel 13-9-1924 Wevelgem 20 Chauffeur 39808 Polonais Pawolik Ludwik 21-5-1902 24-3-1945 42 39809 Néerlandais Dekens Bernardus 15-6-1920 Exloo 10-2-1945 24 Fraiseur 39810 Belge Dallequin Nestor 19-12-1923 Poperinge 20 Paysan 39811 Français Perrier Jean 1-6-1923 Saint Etienne Loire 21 Tourneur 39812 Néerlandais Olinga Mathias 7-12-1923 Groningen 12-5-1945 21 Ouvrier métallurgiste 39813 Belge Jacobs Gerard 31-8-1921 Kotem 23 Monteur 39814 Belge Vereruysse Albert 3-9-1923 Elsegem 9-3-1945 21 Paysan 39815 Belge De Kesel Honoré 28-8-1919 Lovendegem 19-2-1945 25 Agriculteur 39816 Néerlandais Jepma Johannes 3-11-1922 Harlingen 22-1-1945 22 Tourneur 39817 Néerlandais Stevens Pieter 20-8-1920 Rouiner Wold 10-4-1945 24 Soignant 39818 Néerlandais Groenwold Reinder 6-8-1923 Start-Kannal 21 Ouvrier métallurgiste 39819 Français Lemaire Gerard 12-9-1912 Saint-Andre 16-3-1945 32 Directeur (textile) 39820 Belge Declercq Philippe 14-9-1924 Vilvoorde 20 Maçon 39821 Français Delaunay Leon 30-11-1908 Viebogau 36 Paysan 39822 Néerlandais Welterz Elzo 23-9-1923 Oude Pekela 4-2-1945 21 Tourneur 39823 Français Beauvais Camille 12-4-1910 Parijs 2-4-1945 34 Papetier 39824 Polonais Wabik Jan 6-2-1926 Radom 18 Ajusteur 39825 Français Maja Emile 21-6-1924 Lyon 20 Monteur 39826 Belge Lhoir Raymond 10-6-1923 Villeneuwe la Gyard 19-2-1945 21 Coiffeur 39827 Belge Verbinnen Prudent 14-1-1924 St Pieters Rode / 20 Paysan 39828 Belge Minner Felix 30-10-1913 Pamel 16-2-1945 31 Travailleur du cuir 39829 Français Danieul Albert 12-12-1923 Paris 21 39830 Belge Geyssens Ludowikus 21-9-1900 9-3-1945 44 Menuisier 39831 Belge Heyvaert Hendrik 16-9-1922 Marchelen 22 Cuisinier 39832 Belge Lodewiks Henri 29-3-1923 Schaarbeek 26-3-1945 21 Coiffeur 39833 Belge Robyns Guillaume 1-2-1903 Leuven 10-2-1945 41 Transporteur 39834 Belge Kuipers Antoun 2-10-1921 Marseille 6-3-1945 23 Chauffeur 39835 Français Duteil Henri 26-4-1915 Genevilie 9-3-1945 29 Cuisinier 39836 Français Gastel André 26-6-1920 Saint Aubin le Cloud 11-1-1945 24 Tourneur 39837 Français Hamel Denis 16-1-1916 Mers-les-Bains 28 Mécanicien automobile 39838 Français Malett Maurice 8-1-1908 Marseille 36 Mécanicien automobile 39839 Français Maniez Marcel 10-7-1921 Vendin les Bethunes 21-1-1945 23 Mineur 39840 Français Debrigode Georges 17-7-1895 Vervins 49 Monteur 39841 Belge Van Hecke Henri 20-2-1898 Ixelles 7-2-1945 46 Peintre 39842 Belge Bonnier Pierre 19-12-1921 Ottignies 22 Ouvrier agricole 39843 Français Dischler Paskal 24-9-1911 Lisieux 33 Enseignant 39844 Français Chabot Emil 21-6-1922 Angouleme 16-3-1945 22 Ouvrier 39845 Belge Van Eenoo André 5-8-1920 Torhout 10-2-1945 24 Boulanger 39846 Français Renoncet Raymond 15-8-1922 Villantroix 22 Ajusteur 39847 Belge Lambotte Emile 29-6-1913 Liège 31 Mineur 39848 Belge Puystiens Gerard Isidoore 26-5-1922 Oostduinkerke 10-1-1945 22 Boulanger 39849 Français Olivier Guy 10-6-1920 Tours 24 39850 Belge Lambert Georges 1-10-1909 Havreille 2-2-1945 35 39851 Belge Goyvaerts Henri Frans Maria 15-1-1922 Bouchout 11-1-1945 22 Tourneur 39852 Français Streel René Marcel Gilles 2-2-1919 Roi Luxembourg 25 Ouvrier métallurgiste 39853 Français Mizera Josef 18-3-1915 Cschechowitze 6-3-1945 29 Mineur 39854 Belge Peeraer Alois Benait Marc 19-5-1905 Turnhout 39 Commerçant 39855 Belge Laloy Gaston Nikolas 31-5-1923 Ixelles 21 Monteur 39856 Belge Rabau Jean Jacques Maurice 7-9-1922 Mendock 22 Aide-monteur 39857 Français Vanghelle Jean Celestin 16-12-1913 Lens 31 Vendeur-Chauffeur 39858 Belge Pauwels Pierre Jean Joseph 21-2-1907 Molenbeek 37 Masseur 39859 Belge Peeraer Alfons 21-7-1922 Turnhout 22 Étudiant 39860 Français Dubois Desire Leon 22-8-1896 Noyelles sur selles 48 Magasinier 39861 Français Doyen Noel 25-12-1925 Thyle chateau 29-1-1945 18 Ouvrier métallurgiste 39862 Français Laplume Eugène Jules Joseph 26-6-1925 La Bourse 19 Boucher 39863 Français Dubois Anselme 26-2-1921 Colonne-Rucouart 23 Mineur 39864 Belge Beuten Willy Leopold 11-4-1917 Ledeberg 27 Chauffeur 39865 Belge Desloover Jerôme Cyriel 22-2-1922 Rosult 22 Chauffeur 39866 Français Langrand Adrien 29-4-1918 Ohain 26 Ouvrier métallurgiste 39867 Français Doolaghe Albert 21-2-1914 Colonne-Rucouart 30 Mineur 39868 Français Samiez Henri François 27-4-1909 Cominnes 8-4-1945 35 Électricien 39869 Belge Meunier Victor 10-12-1921 Messancy 23 Ouvrier de haut fourneau 39870 Français Roux Kleber 29-5-1923 Juimont 21 Boulanger 39871 Belge Burnay Erasme 19-5-1925 Dinant 19 Ouvrier métallurgiste 39872 Français Fillatre Roger 11-9-1920 Le Havre 24 Monteur 39873 Français Blairon Emmanuel 21-9-1911 Maubeuge 33 Chauffeur 39874 Belge Verbeke Kamiel Petrus Joseph 18-3-1915 Oudenbourg 29 39875 Belge De Clerck Leopold Jean 15-3-1919 Brussel 25 Soudeur 39876 Belge Chevalier Jules 13-1-1898 Evrehailles 46 39877 Français Barrois Jean Baptiste 25-5-1926 Marles les Mines 18 Mineur 39878 Français Lambert Maurice Henri 10-3-1912 Pre st. Gervais 32 Polisseur de métaux 39879 Français Regnault Louis Auguste 10-11-1907 Loisy sur Marne 37 Commerçant 39880 Belge Jacques Fernand 26-5-1897 Tubize 47 Machiniste 39881 Français Thomas Pierre 23-1-1926 Paris 18 Mineur 39882 Français Coupet Henri Charles 21-3-1924 Beuvry 20 39883 Français Leys Paul 26-7-1919 Leers 25 Chauffeur 39884 Français Louvet Jules 18-10-1912 Annequine 18-1-1945 32 39885 Belge Tutelaire Camille Leopold 14-6-1901 Neuville 43 Peintre 39886 Français Michaux Hermand Paul 21-1-1903 Aiseau 41 Ouvrier métallurgiste 39887 Belge Goyvaerts Karel 22-6-1925 Bouchout 19 Tailleur 39888 Belge Droesbeke Constant Julien 25-4-1907 Anderlecht 37 Photographe 39889 Belge Dedobbeleer Josef 12-10-1886 Mark 24-1-1945 58 39890 Français Cardinal François 13-6-1911 Maubeuge 33 Scieur 39891 Belge Le bacq Horace Ghislain 20-5-1906 Couillet 6-2-1945 38 39892 Belge Huens Robert Ghislin Alexis 30-11-1910 Charleroi 21-2-1945 34 39893 Belge Jooris André 2-5-1910 Brussel 22-4-1945 34 39894 Belge Papa Julien 2-10-1910 Andenne 34 39895 Belge Delfosse Lucien 10-3-1911 Liège 23-3-1945 33 Capitaine de navire 39896 Belge Richard Marcel Paul Marc 23-10-1914 Louvignies 28-1-1945 30 Ingénieur électrotechnique 39897 Français Luciez Jean 10-11-1920 Louvignies 6-3-1945 24 Ouvrier métallurgiste 39898 Belge Heuse Maurice Karl Emile 2-8-1922 Bressoux 21-3-1945 22 Commerçant 39899 Belge Tricot Jules Raymond 20-10-1908 Waver 36 Mathématicien 39900 Belge Wouters Albert 8-8-1917 Antwerpen 22-2-1945 27 39901 Belge Van Elder Jacques Leon Maria 29-4-1921 Brussel 16-3-1945 23 39902 Français Van Hecke Alfred 9-2-1908 Waterlau 36 Ajusteur 39903 Français Hocq Aurelien 7-5-1900 Burbur 17-1-1945 44 Mineur 39904 Français Vasseur Philomon 21-9-1921 Mars-Les-Mines 23 Mineur 39905 Belge Louis Roger Aimé 5-6-1913 Falisolle 31 Ingénieur électrotechnique 39906 Belge Todts Alfons 27-8-1922 Temse 27-1-1945 22 Monteur 39907 Français Desfontaines Casimir 4-3-1923 Allouagne 16-3-1945 21 Mineur 39908 Français Manard Albert Louis Fabien 29-4-1912 Anzin 22-2-1945 32 Enseignant 39909 Français Masse Georges 2-3-1906 Raismes 3-4-1945 38 Monteur 39910 Belge Latour Baudoin 5-9-1907 Goyer 31-1-1945 37 39911 Français Potier Jules 11-3-1908 Haunot 36 Électrotechnicien 39912 Belge Leonard Marcel 27-4-1921 Chaudfontaine 23 Ouvrier métallurgiste 39913 Belge Raskin Charles Pierre Joseph 3-12-1920 Angleur 24 Ouvrier métallurgiste 39914 Belge Bouvy Paul Diedonne Joseph 23-1-1911 Liège 13-4-1945 33 Ouvrier métallurgiste 39915 Belge Destree Marcelin Francois 4-5-1917 Rouvreux 22-2-1945 27 39916 Belge Lekeu Walter 12-4-1919 Adrimont 16-3-1945 25 Ouvrier 39917 Belge Gillet Paul Pierre Antoine 27-4-1915 Limbourg 29 Employé du bureau de l\u0026#39;emploi 39918 Belge Aerts Josef 8-3-1918 Vosselaar 26 Enseignant 39919 Belge Deckx Edward 27-4-1903 Mol 41 Garagiste 39920 Belge Lenaerts Albert 12-9-1915 Turnhout 16-2-1945 29 39921 Belge Bouffioux Guy Nestor 7-8-1911 Ixelles 19-3-1945 33 Électricien-monteur 39922 Belge De Landstheer Tony Jean Albert 25-6-1906 Dendermonde 19-3-1945 38 39923 Belge Vanhee Richard 7-3-1901 Bissegem 12-1-1945 43 39924 Belge Verlent Pierre 10-7-1918 Etterbeek 5-3-1945 26 Ouvrier 39925 Belge Becker Roger Clement 20-6-1922 Jodoigne 22 Électrotechnicien 39926 Français Carton Gerard 18-11-1918 Lacelle 26 Menuisier 39927 Belge Ducamp Christian Amoury 15-1-1905 La Roche 18-2-1945 39 39928 Belge Schoesetters Gerard 27-3-1902 Hemiksem 9-3-1945 42 39929 Français Beudaert Felicien 13-10-1916 Anneguin 28 Électricien 39930 Belge Megens Emmanuel 15-3-1920 Anderlecht 19-2-1945 24 Électrotechnicien 39931 Belge Bonvoisin Joseph André 19-11-1911 Bressoux 23-1-1945 33 Ouvrier métallurgiste 39932 Belge Michel François Sylvain 21-5-1901 Nivelles 43 39933 Français Mairesse Gaston Louis 26-6-1923 Avesnes Help 21 Ouvrier métallurgiste 39934 Français Wautier Emile 26-1-1905 Etroeingt 39 Monteur 39935 Français Bougis Maurice 13-4-1922 Nantes 28-3-1945 22 Chauffeur 39936 Français Bragard Joseph 25-10-1903 Allondrelle 11-4-1945 41 Cordonnier 39937 Français Lancelle Louis 1-1-1914 Bouvins 8-2-1945 30 Jardinier 39938 Belge Meeusen Constant Carl 19-11-1902 Antwerpen 16-2-1945 42 39939 Belge Jehu Maurice Joseph 21-5-1910 Thuin 24-4-1945 34 Électricien 39940 Belge Terrijn Henri Emile Anatole 20-9-1911 Wetteren 19-1-1945 33 Électrotechnicien 39941 Belge Delchambre Antoon 8-7-1893 Vedrin 9-1-1945 51 ","externalUrl":null,"permalink":"/fr/posts/transport16121944/","section":"Posts","summary":"Il est impossible de se faire une idée réelle de la cruauté du KZ Flossenbürg sans y avoir séjourné soi-même. Nous aurions tout intérêt à lire le plus grand nombre de témoignages possible, mais l’examen des chiffres suffit à lui seul pour réaliser qu’il s’agissait d’une véritable « usine de la mort ».\nL’arrivée de C.J. Droesbeke # Le 16 décembre 1944 – jour du déclenchement de l’offensive des Ardennes – C.J. Droesbeke arrive à Flossenbürg. Ce jour-là, deux transports entrent au camp :\n","title":"L'enfer en chiffres : Le transport du 16 décembre 1944","type":"posts"},{"content":"","externalUrl":null,"permalink":"/fr/series/","section":"Series","summary":"","title":"Series","type":"series"},{"content":"","externalUrl":null,"permalink":"/fr/tags/","section":"Tags","summary":"","title":"Tags","type":"tags"},{"content":" Vidéos filmées peu après la libération du KZ Flossenbürg # Your browser cannot play this video. Download video.\n(LIB 6223) Probablement le 30 avril 1945. La caméra effectue un panoramique de gauche à droite montrant une vue d\u0026rsquo;ensemble du camp de travail forcé de Flossenbürg ; baraquements sur une colline, arbres et montagnes en arrière-plan. Des civils allemands sont rassemblés à l\u0026rsquo;entrée du camp. Inscriptions sur un poteau de porte en béton. Panneaux : « Vorsicht! Hochspannung Lebensgefahr » et « Arbeit Macht Frei ». Gros plan (CU), fil de fer barbelé électrifié au sommet de la clôture et miradors. Banderole improvisée écrite à la main sur une clôture en bois : « Prisoners Happy End! Welcome! ».\nIntérieur (INT), CU, quatre survivants masculins nus : deux Juifs, un Français, un Polonais, avec des numéros tatoués sur la poitrine. Plusieurs prises de vue. Panoramique vertical vers les pieds (deux d\u0026rsquo;entre eux ont abaissé leur pantalon d\u0026rsquo;uniforme rayé). CU du dos émacié d\u0026rsquo;un survivant.\n02:44:59 Scène : Un ancien prisonnier français du camp guide un soldat américain à travers le crématorium souterrain (entrée de l\u0026rsquo;espace souterrain via une grille métallique). Vue sur le camp. Des survivants (en vêtements civils) fendant et empilant du bois. CU « Disinfektion » peint sur un mur de briques. Évacuation de cendres chaudes du crématorium dans une fosse voisine.\nDes Américains et des civils déterrent les corps de travailleurs forcés assassinés pendant les marches de la mort ; tous sont vêtus. Très gros plan (VCU), les morts. Trois civils âgés discutent avec un soldat. D\u0026rsquo;autres cadavres sont exhumés et alignés côte à côte. Divers CU, dont une poitrine ensanglantée et un uniforme de prisonnier avec un triangle et un collier portant une petite croix.\nYour browser cannot play this video. Download video.\n(LIB 6355) 4 mai 1945. Vue des bâtiments du camp de concentration. Gros plan (CU), panneau : « Zugang zu den Krankenbaracken » (Accès aux baraquements des malades) avec des silhouettes.\nClôture de barbelés et mirador entourant le camp de travail forcé de Flossenbürg. Gros plan (CU), mur marqué par les balles et maculé de sang — Grille d\u0026rsquo;acier sur une fosse ouverte, crématorium dans la fosse entouré d\u0026rsquo;un haut mur de pierre.\nOs calcinés de victimes du camp incinérées. Plan moyen (MS), un chariot tiré par des chevaux transportant des cercueils devant les bâtiments du camp de concentration.\nVictimes des Marches de la Mort # Your browser cannot play this video. Download video.\n(LIB 5968) Schwarzenfeld, Allemagne. Plan d\u0026rsquo;ensemble (LS) de nombreux cercueils chargés sur des charrettes tirées par des chevaux. Des civils allemands de Schwarzenfeld déchargent et transportent les cercueils en passant devant des rangées de cadavres. De nombreux civils creusent des tombes dans une zone clôturée. Les restes d\u0026rsquo;un uniforme rayé sont visibles sur au moins l\u0026rsquo;un des corps en attente d\u0026rsquo;inhumation. Des maisons sont visibles en arrière-plan.\nLes victimes ont péri lors de l\u0026rsquo;un des différents transports d\u0026rsquo;évacuation de Flossenbürg, en route vers Dachau. Le 16 avril, un transport d\u0026rsquo;environ 1 700 prisonniers juifs a quitté Flossenbürg. Près de Schwarzenfeld, leur train a été attaqué et détruit par des avions alliés, tuant une partie des prisonniers ; d\u0026rsquo;autres ont été abattus par la SS.\nOn estime que 7 000 prisonniers sont morts lors des transports d\u0026rsquo;évacuation au départ de Flossenbürg. Des fosses communes ont continué d\u0026rsquo;être découvertes dans cette région jusque tard dans les années 1950.\n","externalUrl":null,"permalink":"/fr/video/","section":"Bienvenue sur le site commémoratif de Constant Julien Droesbeke.","summary":"Vidéos filmées peu après la libération du KZ Flossenbürg # Your browser cannot play this video. Download video.\n(LIB 6223) Probablement le 30 avril 1945. La caméra effectue un panoramique de gauche à droite montrant une vue d’ensemble du camp de travail forcé de Flossenbürg ; baraquements sur une colline, arbres et montagnes en arrière-plan. Des civils allemands sont rassemblés à l’entrée du camp. Inscriptions sur un poteau de porte en béton. Panneaux : « Vorsicht! Hochspannung Lebensgefahr » et « Arbeit Macht Frei ». Gros plan (CU), fil de fer barbelé électrifié au sommet de la clôture et miradors. Banderole improvisée écrite à la main sur une clôture en bois : « Prisoners Happy End! Welcome! ».\n","title":"Vidéos du KZ Flossenbürg","type":"page"}]