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La Valse dans l'ombre

12101 mots·57 mins

Avant-propos
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Je dédie ces quelques pages à mon épouse qui, malgré son jeune âge, au risque de sa vie, a fait de la résistance en m’accompagnant lors de l’exécution d’actes de sabotage pendant l’occupation de notre patrie par les hordes nazies.

Je dédie également ce récit au Colonel J. VAN RUYCHEVELT dont le père est mort dans un camp de concentration. Il comprend mieux que quiconque, ce que fut pour les concentrationnaires, la vie de bagnards, sous la houlette des SS et des Gestapistes.

N’ayant aucun don littéraire, je m’efforcerai de tendre à la précision, à la sincérité et à l’impartialité dans ma description, sans oublier les détails, afin de laisser un témoignage de ce que j’ai vu et vécu dans le camp de Flossenbürg.

Fiche de renseignements Ministère de l'intérieur
Fiche de renseignements Ministère de l'intérieur

FLOSSENBURG
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Ce camp de la mort était situé dans le Haut-Palatinat Bavarois, à 5 km de la frontière Tchécoslovaque. Endroit isolé et très bien camouflé.
Près de 111.400 personnes, dont 95.400 hommes et 16.000 femmes y furent détenus entre 1938 et 1945.

Environ 74.000 personnes y trouvérent la mort, dont 4.771 Français et 1.693 Belges.

Voila le sinistre bilan de ce camp nazi, dont une description détaillée suivra.

A l’heure ou, de par le monde, renaissent le racisme et l’anti-sémitisme, où la violence aveugle du terrorisme défie la raison; à l’heure ou l’on emprisonne et torture pour délit d’opinion, parler de ce triste passé peut sembler chose inutile, évocation stérile de douloureux souvenirs.

Mais pour que le génocide et la déportation de populations entières, ne soient pas noyés et oubliés dans le temps, il est nécessaire que des hommes se souviennent, que d’autres questionnent les gardiens de cette mémoire collective et individuelle, pour rendre justice aux victimes.

Quand on n’a pas vécu les faits, la curiosité et la soif de connaitre permettent d’interroger les anciens déportés, de mieux comprendre les différents motifs qui les conduisirent dans cette marche vers la mémoire.

On ne peut mieux découvrir que par la bouche de ceux qui l’ont vécu, l’hallucinante réalité d’un système d’extermination méthodique, industrialisé.

Résonnent alors les noms jusqu’à présent inconnus ou ignorés: SVATAVA - ZWICKAU - TEREZIN - LITOMERICE - HRADISCO - JANOVICE - HOLYSOV- FLOSSENBURG - et tant d’autres lieux que la barbarie nazie a tranformé en enfers.

Comme témoin ayant vécu ce drame, je peux, en phrases simples, vous raconter la dimension de l’horreur et vous en apprendre plus sur le monde concentration- naire que la plus complete des thèses. Vous faire comprendre non seulement par l’esprit, mais avec le coeur.

Par l’évocation des sévices que j’y ai endurés, certains retrouveront par moments les accents de la peur, les visages des martyrs, dont les yeux morts à l’espoir, lançaient un appel déchirant à ceux qui les croisaient.

Le n° B 39.888, que je portais sur mon costume de forçat, que j’ai gardé pieusement comme une relique, parle de toutes les souffrances endurées durant ma triste captivité.

B 39888
B 39888

Ce “chiffon” témoigne d’un passé que je ne pourrai oublier, de la volonté de me souvenir de mes camarades de bagne, qui n’ont pas eu la chance de revenir de cet enfer.

Je me permets d’attirer votre attention sur les cris déchirants des milliers de soeurs et fréres, tués dans les camps, de ceux qui m’imploraient, avant de mourir, de vous raconter, de quoi les fanatiques désorientés étaient capables et à quoi une dictature peut mener! Le récit de leurs cauchemars, des souffrances qu’ils évoquent et de celles que l’on devine, devient un acte d’accusation, non seulement contre la monstruosité, mais contre toute obstination à détruire la dignité humaine. Ils rappellent sans haine, ils savent depuis 45 ans, dans leur corps et dans leur coeur, tout ce que la haine peut anéantir; que la raison ne suffit pas toujours à s’en protéger.

Quand je décris cet enfer, on ne peut qu’essayer d’imaginer l’existence que j’y ai menée pendant ces longs mois. Celui qui n’a pas partagé notre sort, ne peut saisir qu’une infime partie de ce que fut notre calvaire. Pour moi, les ombres demeurent et sont si présentes que l’on croirait entendre le bruit sec des armes d’un peloton d’exécution, l’appel déchirant à la vie derriére les barbelés de tous ces kommandos, qui vous invitent à méditer sur la justice et la tolérance. Entre la sordidité et la grandeur de ceux qui ont donné leur vie dans la lutte contre l’arbitraire, le choix est fait.

S’arréter à ces souffrances, ne retenir de la déportation que cette entreprise de déshumanisation serait à mon avis, faire triompher les bourreaux et trahir nos morts. Certains n’ont pas eu la force ni les appuis nécessaires pour échapper “à la mort quotidienne des camps”, d’autres ont cédé à la tentation d’asservir à leur tour, leurs compagnons de captivité. Mais beaucoup ont essayé, à la mesure de leurs moyens, de faire triompher I’humain et la solidarité.

Nous, les survivants devrons apprendre aux jeunes générations, que face à l’idéologie et à la violence, le dernier mot doit rester aux forces spirituelles où se concentrent la volonté de vivre, le désir d’affirmer sa dignité et l’espoir de renaitre dans la mémoire des hommes.

Entre le passé de nos souvenirs et le futur de nos espérances, il y a le présent qu’il nous appartient de réaliser, en veillant au développement et au respect de l’homme, s’appuyant pour ce faire sur les lecons de l’histoire. Un peuple qui oublie son passé sera condamné à le revivre.

16 DECEMBRE 1944.
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Pour manque d’obéissance à l’ennemi, un groupe de 95 prisionniers est expédié au camp de Flossenbürg.

Nous gravissons, sous les huées des habitants allemands, à pied et menottes aux poignets, une côte extrêmement raide, longue d’environ 1,5 km. à travers le village de Flossenbürg, pour aller de la gare à l’entrée du camp.

Les habitants,adultes et enfants, se trouvaient sur leur pas de porte ou aux fenétres, manifestement heureux de nous voir dans cet état.

On apercevait cependant certains habitants derriére les vitres avec un air presque compatisant. Sans doute, la défaite de Stalingrad et le recul des unités allemandes sur des positions préparées à l’avance sur le front, commencaient à produire leurs effets. D’autres affichaient un sourire narquois.

A la sortie de ce village, je découvris, sur la gauche, les ruines d’une vieille forteresse féodale, d’aspect lugubre, batie sur une montagne.

Cette armure de pierres,encore imposante par son style, dominait les autres montagnes à la ronde.

Je voyais de nombreux baraquements divers, des constructions récentes en pierre, de style bavarois.

Je constatais également que par des travaux considérables, une espéce de plate-forme immense avait été construite par-dessus la vallée, rejoignant les flancs de deux montagnes situées face à face.

C’est sur cet emplacement et ces côtes vallonnées qu’était installé, à 1.100 métres d’altitude, le camp de Flossenbürg.

C’est la que je suis resté des mois.

Le camp était entouré de foréts de sapins, à perte de vue.

Au loin on apercevait un lac, masqué en grande partie par la forêt.

En face, une colline où se trouvait une carriére de pierres en exploitation. On y voyait des pierres de toutes tailles. Cette partie était entourée de barbelés et de miradors, laissant supposer que des prisonniers y travaillaient.

Parmi les monceaux de pierres on remarquait de grands trous noirs. C’étaient des entrées de tunnels creusés dans la montagne.

Il y avait de nombreuses baraques à toiture plate, camouflées et imitant parfaitement la pierre.

L’entrée du camp était majestueuse, flanquée de deux énormes pilas- tres en pierres de taille, soutenant une grille massive en fer, robuste et verrouillée.

L’enceinte du camp est impressionnante.

Un SS, pressé, fulminant et rageant, portant un grand bâton, arrive vers nous et nous fait avancer, pour nous compter plus facilement.

La grande et lourde grille de fer se referme derritre nous, avec le même grincement qu’à son ouverture lors de notre arrivée.

Nous sommes bien en hiver; il fait moins 17°. La neige est tombée et tellement piétinée qu’elle est transformée en couche de glace. La bise est séche et cinglante, nous grelottons de froid et l’onglée nous prend aux pieds et aux mains pendant que nous attendons les ordres qui tardent. Nous revoyons la vieille ruine de chateau qui marque a peu prés la frontière entre la Tchecoslovaquie et l’Allemagne.

Pas la moindre trace du monde extérieur, de la civilisation. Nous sommes enfermés dans une enceinte électrifiée!

Clôture électrifiée du KZ Flossenbürg
Clôture électrifiée du KZ Flossenbürg

C’est à coups de matraque que nos gardiens, nommés “Kapos” font respecter la discipline et exécuter les ordres. Il y en a partout, dans tous les coins ! Ce sont paraît-il des places de choix! Nous sommes ahuris de voir avec quel zéle ces “Kapos” assènent des coups sur leurs compagnons, cependant prisonniers comme eux.

Au moindre signe, non pas de rébellion, mais de simple incompréhension, ils vous ajustent un coup de cuir sur le râble ou sur la téte, où ils peuvent vous atteindre. Aprés ce petit avant-goût du savoir faire de nos gardes-chiourme, on nous ordonne d’abandonner sur le champ tout ce que nous possédons !

En moins d’une, nous sommes complétement dépouillés ! Par ici les beaux vétements, les bons souliers, les effets de laine, les bijoux, les bagues, les lunettes. On pleurait de rage, nos photos volées, tout ce que nous avions chérement pu garder sur nous, pendant toute la durée de notre captivité; tout doit étre cédé, sans protester, sans mot dire!

En quelques minutes, nous sommes dépouillés de tout, nus comme des vers, non pas gênés, mais embarrassés de n’avoir plus de poches par ce terrible froid!

Nos vêtements sont entassés pêle-mêle, dans un coin, comme un tas de guenilles!

On nous fait courir, en costume d’Adam, entre deux rangées de nos gardes, qui nous frappent au passage, malgré le froid, le sol glissant, nos pieds nus. Nous tournons ainsi en rond pendant au moins une demi-heure! Malgré le froid, nous transpirions de souffrances et d’angoisse!

Après cette course à pied, ils nous aspergent d’eau glaciale!

Nous entrons ensuite dans nos baraques où nous trouvons nos bacs en bois pour dormir. Quels pénibles débuts! Quel sera notre avenir?

Subitement deux prisonniers, pas trop mal nippés, se présentent munis de ciseaux et de tondeuses. L’un apres l’autre nous passons devant un de ces “coiffeurs”. Le premier dégrossit le travail à grands coups de ciseaux, mèche par mèche, laissant subsister quelques centimétres par- ci par-là … Nous nous mettons à genoux devant le second “friseur” qui, avec sa tondeuse finit le travail d’une manière parfaite en quelques secondes! Tout le monde est rasé!

Mais ce n’est pas fini. Tout doit être pris! Et la tondeuse se balade encore là où dame nature nous a habillé la nudité!

Le travail étant terminé, il ne nous reste plus rien! Nous sommes méconnaissables, défigurés! Ce ne sont plus des hommes, mais une espèce de bestiaux courbés sur des jambes maigres.

Comme vêtements nous héritons d’un complet rayé bleu et gris en légère toile de fibre de bois, sans doublure. Un bonnet de même tissu uniforme, au pieds des claquettes avec grosse semelle en bois avec ruban à nouer.

Notre premiére demeure est la baraque n° 20.

Ce soir pas de ravitaillement, il est trop tard! Il faudra attendre le lendemain-midi pour avoir un peu de soupe. Vite et en vitesse dans ce remue-ménage, dans ce vacarme de gens abrutis, qui se défendent comme ils peuvent, car ils ont faim.

J’ai de la chance! J’ai réussi à m’installer dans un grabat au 3ème étage, sous un lambeau de couverture. La tête sur notre costume rayé comme oreiller. C’est qu’il faut se déshabiller ici pour la nuit et dormir en chemise. Pour ainsi dire tout nu dans ces bacs crasseux, qui n’ont méme plus assez de planches pour retenir la paille hachée comme matelas.

Nous dormons a quatre dans un bac, couchés sur le côté comme des sardines.

Le dortoir était infesté de vermine: les poux étaient les maitres absolus, par moment les puces se déplaçaient par vagues. J’étais rempli de points rouges, de morçures de puces, ces bestioles aimant la chair humaine. Les poux s’installent dans les plis de nos vêtements. Le peu de temps libre était consacré en partie à la chasse aux puces! Les bords des planches transversales de nos bacs étaient noirs de cadavres de poux, tués par nos prédécesseurs!

Malheur encore à ceux qui avaient un compagnon au-dessus d’eux, ayant la dysenterie.

Le soir à 8 heures, au dernier coup de cloche, les lumiéres s’éteignaient dans les baraques et le silence absolu était imposé.

Le matin, été comme hiver, lever à 5 heures! Le vacarme commence et les “gardiens” nous sortent du “lit” à coups de matraques. Ils s’en donnent à coeur joie, proférant leurs cris sauvages. On croirait la baraque en feu. Désormais, il en sera de même chaque matin au lever, sans grogner, même s’il vous tombe du caoutchouc sur le crâne.

L’ordonnance des lits était contrôlée comme à l’armée; si cela ne convenait pas au “blokman”, les “schlager” s’en occupaient à coups de matraque, et comme punition: pas à manger le soir, ce qui était tout bénéfice pour nos “gardiens”. Nous devons ensuite sortir de la baraque et nous mettre en rang pour l’appel, avec interdiction de bouger. Il en est de même dans tout le camp. Nous allons faire la connaissance de notre chef de bloc. Petit homme trapu, à la figure ombrageuse et tête de brute. Il baîlle avec un air de dédain et de rage. Il doit avoir environ cinquante ans.

Il doit sa qualité de chef de bloc à sa nationalité allemande d’abord et à son titre d’ancien bagnard, de condamné aux travaux forcés à vie ensuite. C’est donc un rebut de la société nazie, qui y purge sa peine et qui a perdu tout contact avec la population depuis dix ans au minimum. Il a perdu ainsi tout sentiment humain.

A titre de chef de bloc, il a droit de vie ou de mort sur tous les prisonniers. Il passe sa colére et son mépris sur nous, pauvres victimes désarmées. Tuer un homme est pour lui une habitude, un caprice…

Aux ordres de “po pjat” (par cing en langue russe) on s’alligne tous en rang, par cing et nous avons droit au discours traditionnel de “bienvenue”.

Il nous fait comprendre que l’Allemagne a besoin d’aide et de bras pour mener à bien sa grande et digne tâche! L’Allemagne nous héberge, nous nourrit, nous habille. A nous de travailler pour elle avec coeur et conviction. Tout refus de travail sera puni de mort.

Ces discours, traduits en russe, en français, en italien et en tchéque par des interprétes, sont suivis par l’énumération d’autres règlements et pensées profondes! Le chef poursuit: la guerre était inévitable, mais elle sera bientôt finie et l’Allemagne en sortira victorieuse! Les anglo-saxons seront rejetés à la mer et le bolchevisme, l’ennemi n°1, sera détruit. Suivent les traductions.

Viennent ensuite les recommandations, la loi du camp: défense de saboter sous peine de pendaison; défense de parler de politique sous peine de mort; défense de voler sous peine de subir le même sort.

Obéissance et respect envers les autorités, saluer les boches en se découvrant a leur passage, etc. etc.. Bref, nous devons nous conduire en braves bêtes de somme, en esclaves soumis et travailleurs, toujours contents de notre sort! Notre vie ne valant rien!

Le comble, c’est que nous avons été obligés de crier en choeur et avec force “Ja”, pour approuver toutes ces balivernes!

D’aprés son discours, il était indispensable de se laver, mais … il n’y avait pas d’eau! De la comédie tragique.

Suite à son discours, aprés avoir pratiquement jurés obéissance et fidélité aux règlements de bagne, nous devions faire exécuter notre numéro matricule en double exemplaire et coudre les deux banderolles sur notre “uniforme”, l’une sur l’épaule gauche, I’autre a mi-hauteur sur la jambe gauche du pantalon.

Ensuite, inscription dans un registre du camp, ce qui nous vaut l’enrôlement à titre définitif dans la communauté! Nous sommes ainsi identifiés! Mon nom est devenu : “nicht name B 39.888”. Nous serons désignés d’un instant à l’autre dans les divers commandos.

Registre des noms du KZ Flossenbürg : 39888
Registre des noms du KZ Flossenbürg : 39888 Droesbeke Constant Julien

Un coup de cloche, midi, c’est l’heure de la soupe! La faim nous tenaille l’estomac. Dix hommes sont indiqués pour aller chercher les “kubels” devant la cuisine.

Nous sommes rassemblés dehors, devant le bloc, munis chacun d’une écuelle en fer rouillée et d’une grosse cuillére. Aprés une attente assez longue dans le froid, sans autorisation de bouger, les hommes de la corvée nous raménent cing bidons de “soupe”!

Les bidons sont déposés prés du bloc, devant le “Kapo” ou chef de bloc et ses subalternes. L’un d’eux est muni d’une louche d’un litre, représentant la ration réglementaire! Un autre subalterne ouvre le bidon et une bouffée de vapeur nous réconforte. L’idée d’avoir quelque chose de chaud à manger nous réchauffe déja. La distribution commence aussitôt et s’effectue à vive allure. Notre gamelle doit automatiquement se trouver à portée de la louche. Tant pis pour le malheureux trop lent pour recueillir sa maigre pitance. La louche n’est jamais entièrement remplie, car le préposé à la distribution s’arrange pour garder au fond du bidon une ration supplémentaire pour les matraqueurs, les interprétes, les protégés de monsieur le “Kapo”.

Cette soupe n’était que fort maigre et le plus épais restait au fond du bidon. Malgré ce maigre repas, on se sentait un peu mieux!

Aprés ce diner “gastronomique”, un ancien bagnard m’informe de ce qui suit: ici dans l’Oberphalz, nous connaissons les plus rudes conditions climatiques de travail ainsi que les plus primitives conditions de vie. Il est régulièrement procédé à des bastonnades publiques dans la salle commune d’une baraque. Cela se passe en général le soir aprés le travail. Les détenus doivent y assister et chanter pour couvrir les cris des victimes. Pour des peccadilles, tout le bloc est privé de nourriture le dimanche suivant. Le bloc au complet doit subir des exercices disciplinaires et rester debout, dehors sous la pluie, ou dans le froid, pendant des heures.

Chaque détenu risque à tout moment d’étre maltraité, voire abattu pendant le travail, sans raison, selon l’humeur des gardiens. Les pendaisons par les bras et les mains derriére le dos à un poteau, pour une durée d’une demi-heure ou plus, sont monnaie courante. Cette torture cause des douleurs folles.

Autres délicatesses imaginées par nos protecteurs: la position accroupie des heures durant, sans oublier les pendaisons et les tueries.

La connaissance de ces possibilités était précieuse pour notre avenir.

Le peu de “liberté” qui nous était octroyée était mise à profit pour regarder ce qui se passait autour de nous, pour mieux examiner le camp et son activité. Il y avait environ 24 blocs habités, abritant à ce moment-la environ 10.000 prisonniers.

Evasion impossible. Le camp était ceinturé de fils de fer barbelés sous haute tension électrique. Toucher aux fils et c’était la mort foudroyan- te par électrocution.

Aux quatre coins de cette redoutable clôture, se dressent les miradors principaux, de véritables tours carrées en pierres façonnées, surmontées de petits toits posés sur des montants verticaux en bois, pour laisser toute liberté d’action à la mitrailleuse sur pivot, braquée nuit et jour sur le camp, toujours prête à cracher sa mitraille sur l’imprudent tenté d’approcher les fils électrifiés.

La nuit, en plus des mitrailleuses, est installé dans ces tours, un puissant projecteur, qui balaye régulièrement le camp de son faisceau, pour découvrir d’éventuels candidats à l’évasion, ou plutôt fatigués de vivre. J’ai souvent entendu ces mitrailleuses entrer en action contre des prisonniers préférant une mort subite à la vie du camp.

Entre ces miradors principaux, s’échelonnent tous les trente métres environ, d’autres petits miradors moins hauts, construits en bois où se tient en permanence un soldat boche armé d’un fusil ou d’une mitraillette. Enfin, le long de toute l’enceinte, tous les cing à dix métres, de grosses lampes éclairent d’une lumiére abondante les fils électrifiés.

Nous sommes donc bien gardés et il ne reste qu’a se résigner pour survivre, à vivre la loi du camp, à ménager ses forces et à se défendre individuellement. Ici peu ou pas de solidarité: chacun pour soi. II faut essayer d’avoir un coeur de pierre que rien ne peut émouvoir afin de survivre dans cet enfer. Cette attitude s’impose de source.

Le régime est d’une telle dureté que la vie de chacun est en constant danger.

Il faut se défendre comme on peut, ne suivre que ce but, car il n’y a pour nous qu’un seul espoir: la fin de la guerre et ceci le plus rapidement possible. L’espoir de survivre dans ce camp étant réduit a quelques mois.

Pas question d’étre malade, pour qui la seule perspective étant le four crématoire. Le malade étant considéré comme un parasite qui mange et ne travaille pas! L’Allemagne n’a que faire de ces gens-la et dans son intérêt: elle les détruit. Quel cynisme!

Des scènes de bestialité, lors du réveil matinal, se reproduisent régulièrement et on s’y habitue très vite. Tandis que nous grelottons des heures durant devant le bloc, les “Kapos” viennent choisir et trier leur bétail! C’est eux qui indiquent leurs esclaves et leur nombre nécessaire. Le travail à l’extérieur et celui de la carriére nous attendent. Il a neigé toute la nuit et elle atteint presque un metre d’épaisseur. On ne s’occupait que de la déblayer, et au pas de course. La neige est jetée sur un raidillon prés de la station d’épuration.

Un détenu arrivant complétement épuisé pour déverser sa neige, le SS qui se tenait derriére lui, lui ajusta un coup de pied dans le dos, qui fit dégringoler le malheureux dans une avalanche de neige vers la vallée. Celui qui ne trouvait pas la force pour se dégager, étouffait ou restait en bas sans secours et gelant sur place.

La plaisanterie de l’SS était accomplie.

La punition dont les SS se régalaient en hiver, consistait à plonger un détenu tout habillé, dans un baquet d’eau situé dans la buanderie du camp. Trempé jusqu’aux os, il était ensuite exposé sur la place d’appel ou il se transformait en bloc de glace. Les parties découvertes du visage et des mains formaient sous le gel, de grosses cloques qui crevaient ensuite, peu de temps aprés. Selon le degré de punition, cette torture était parfois répétée. Le malheureux, ne tenant plus debout, gelait sur place jusqu’a ce que mort s’en suive.

Certaines tâches exécutées à I’extérieur n’étaient pas pensées en termes de productivité, mais uniquement comme brimades. Il fallait apporter des monticules de terre et de sable, dans tous les récipients possibles, d’un endroit à un autre, distants d’une centaine de metres. Selon les dispositions des SS, la matitre devait étre rapportée de la méme maniére à l’emplacement initial. Le tout se passait sous lair narquois et les sourires moqueurs des SS. Cette même méthode était employée à Breendonk.

Les journées se suivent, mais ne se ressemblent pas. Le matin, quand la baraque se vide, la premiére corvée est de sortir les morts, qu’on jette tout simplement par la fenêtre, sans autres ménagements naturellement.

Généralement, afin de profiter de quelques rations supplémentaires, les cadavres restaient deux ou trois jours dans leur bac. J’ai ainsi eu la “fortune” de dormir trois nuits à côté d’un mort!

Quand ces malheureux arrivaient en vue de leur fin ici- bas, et qu’ils ne pouvaient plus se traîner, ils restaient indifférents, méme sous les coups les plus violents assénés par les gardiens. Ils vivotaient dans un coin des lavoirs, prés des autres cadavres, attendant l’instant de délivrance! Ils mouraient ainsi dans le silence, sans le moindre soin, sans la moindre aide physique ou morale, sans le moindre soulagement! Il ne faut pas s’étonner d’entendre tomber, en pleine nuit, d’un troisième étage, le corps d’un mort, parfois même refoulé par son voisin de bac. Des morts gisent sur le sol, nous les enjambons tout naturellement, par habitude sans en étre incommodés. Nous les poussons un peu sur le côté, hors du chemin. A un moment donné il me fut imposé la macabre besogne d’évacuer les cadavres.

Il m’est arrivé, en voulant sortir un mort du bac du troisiéme étage, et n’ayant plus la force nécessaire pour le retenir, de tomber à terre avec le cadavre sur moi. On devient à la longue indifférent à la vue du mort qu’on parvient à ignorer et qu’on manipule sans respect, comme un objet étranger.

On les trainait dans le lavoir où on les déshabillait pour les entasser les uns sur les autres, enchevêtrés, avec les jambes séchées comme du . bambou ou encore enflées d’eau. Les os saillants trouant la peau. Les figures dont l’expression derniére reflétait les dernières souffrances, ou bien empreintes de cette espèce d’hilarité macabre, causée par une bouche ouverte et tirée, les yeux grands ouverts qui semblaient vivre encore.

Mais ils ne souffraient plus. C’était terminé pour eux.

Sur leur poitrine osseuse où se dessinaient en relief leurs côtes, on inscrivait grossièrement, à la peinture rouge et au gros pinceau, leur numéro matricule et la lettre de leur nationalité.

Je les regardais et ne parvenais pas à chasser les sinistres prévisions quant a notre sort inéluctable.

Les latrines dont je parlerai plus tard, étaient les endroits où les mourants aimaient venir passer leurs derniers moments à l’abri des sévices. Bien souvent, ils y restaient couchés à méme le sol, dans le froid et l’humidité nauséabonde. Ils mouraient là sans mot dire, délivrés de toute torture. Et dire que ces cadavres sont les enfants chéris et attendus par une famille anxieuse à leur sujet. Des péres, meres, fréres et soeurs dont on attend leur aide dans leur foyer.

Ces étres humains qui ont résisté à l’ennemi nazi, qui ont tout donné pour leur patrie, pour la liberté de leurs prochains!

Combien de centaines ai-je portés au four crématoire, ou conduits dans les wagonets sur rails en plein air, entouré de boches et de leurs chiens. Le travail devait étre exécuté en bon ordre.

Apres cette besogne macabre et insalubre, je n’avais même pas le droit de me laver les mains !

Le souvenir le plus effroyable et le plus pénible en même temps, fut lorsque, accompagné d’un prisonnier russe, j’ai porté mon camarade DELCHAMBRE de Bruxelles. Je l’avais connu à la prison de Saint-Gilles. Arrivés au four crématoire, je voulais le déposer par terre. Mais mon aide russe n’ayant pas conscience de la gravité du moment, renversa la civiére avec la brutalité habituelle. La téte de mon ami heurta le sol gelé à tel point que j’en fus scandalisé. J’en eus le coeur déchiré. Voila comment l’homme peut devenir insensible et bestial.

Les scénes affreuses furent courantes.

Rappelons que chaque bloc contenait entre 700 et 1.000 hommes. La nuit, tout était hermétiquement fermé. Celui qui par malchance devait satisfaire un besoin naturel, devait demander l’autorisation au garde. Gare à lui si le garde était mal luné ou qu’on avait fait trop de bruit. Il était incroyable qu’on devait ruser avec le gardien ou ses acolytes pour pouvoir se rendre au W.C. Celui qui s’y trouvait sans autorisation, en était chassé à grands coups de pied. De peur on faisait ses besoins sur place, dans n’importe quel endroit, hors de la vue de nos gardiens. C’est dans une telle mélasse que nous pataugions continuellement avec les conséquences imaginables au point de vue sanitaire.

Les dysentériques, et peu y échappaient, qui n’avaient pas la force de se retenir ou le temps d’arriver avant qu’il ne soit trop tard, ou qui ne pouvaient attendre qu’une place soit libre, étaient forcés de se soulager où ils se trouvaient.

Pour l’usage des W.C., il fallait faire la file, et les chefs de bloc et les traqueurs avaient priorité absolue. Ils vous arrachaient de l’endroit, fini ou pas. On faisait nos besoins sur place, souillant le voisin. Le papier hygiénique n’existait pas. Les excréments étaient présents partout.

Les boches avaient aménagé des toilettes pour le jour, une grande cabane commune. C’était une espèce de maisonnette sans portes, dont la grande partie centrale était occupée par une profonde fosse rectangulaire. Le long de chaque bord, un tronc de sapin, lisse et gluant, sans dossier, sert de siège, par endroits maculé d’excréments. Les usagers devaient bien se tenir pour ne pas glisser en arriére avec comme résultat un bain peu enviable dans la fosse. Des chutes se sont produites plus d’une fois avec issues mortelles à chaque occasion. Ces latrines ont un seul et énorme avantage! Ils sont le seul endroit où les prisonniers désoeuvrés peuvent se mettre à l’abri des intempéries et des coups de matraques.

Dans un coin du bloc se trouve “l’appartement” du blocman, étanche à pestilence des esclaves et accessible à lui seul. Rien n’y manquait, méme pas un bon feu.

Quant aux Schlagers, ils connaissaient toutes les ficelles. Tous ceux qui “gouvernaient”, se servaient une part du butin qui entrait chaque jour. Ils étaient toujours bien habillés, ils étaient les seigneurs de la baraque. Ils frappaient, ils tuaient, par caprice ou par plaisir. Ils portaient sur la poitrine leur triangle de couleur verte, insigne des condamnés de droit commun dont ils devaient se montrer digne! Ils portaient également avec fierté un petit numéro. Peut-il encore leur rester une bribe de sentiments humains vis-a-vis de bagnards sans nom, tout celà dans un décor sauvage, isolé de toute trace de civilisation? Leurs occupations se résument à faire respecter la discipline par châtiments, bastonades ou flagellations.

Il faut avoir vécu un “stage” dans un camp semblable, pour comprendre tout le sens du mot liberté, pour apprécier le charme d’une maison habitée par des gens libres et se souvenir d’un passé de bonheur. Pour les “kapos”, liberté est un mot rayé de leur vocabulaire. Ce sont des condamnés n’ayant aucun espoir de revenir un jour à la vie normale. Ils ont trop de crimes sur la conscience, mais ils conviennent parfaitement aux nazis pour détruire les milliers d’étrangers innocents et hostiles à la doctrine hitlérienne.

Je m’empresse de préciser que presque tous les satellites des Kapos sont des slaves, des russes, méme des hollandais. Les slaves sont légion au camp; ils représentent certainement les trois quarts de tout l’effectif. Ce sont des bourreaux les plus fanatiques.

N’étant qu’une faible minorité, Belges et Français sont perdus parmi ce troupeau et ils subissent la discipline sans la moindre protection.

Maître Kapo dispose aussi de jeunes protégés, aux allures douteuses, comme les femmes dans le harem d’un pacha. Ces lêcheurs de bottes vont jusqu’à accepter et satisfaire à tous les vices des Kapos, tout cela pour une ration de soupe supplémentaire. Ignoble!

Il est six heures du soir, la cloche sonne la fin de la journée. Tous les commandos sont rentrés du travail. Le camp grouille de prisonniers comme une fourmilière. Chacun doit prendre place dans les rangs pour l’appel. Il faut faire vite. C’est une vraie mêlée de gens pressés qui gémissent sous les coups, les “loos!” et “pop pjat”, “Tichstille”. Tout ce monde finit par être immobile, alignés par rangs de cinq, serrés devant les baraques quand les SS font leur entrée.

Ils notent le nombre de prisonniers. Cris sauvages et énergiques des Kapos. “Achtung!” - “Mutzen ab!” Le nombre de présences est transmis aux SS. Mille raisons rendent la comptabilité impossible; les causes : Les malades qui râlent dans les latrines, les décès inattendus!

Nous poirotons ainsi des heures dans le froid et la neige. Le compte doit être juste!

Nos chefs vont procéder à la distribution du casse-croûte. Les estomacs sont vides et les appétits féroces. Nous regagnons notre baraque en bon ordre et saisissons au passage le quignon de pain noir rassi d’environ 200 grammes. Après ce rapide et maigre repas, il ne nous reste plus qu’à nous mettre au pieu!

Le lendemain, il faut peiner à des besognes durement épuisantes, sans une minute de repos, au-dessus de nos forces.

Pas très encourageant comme avenir … C’est avec quelques inquiétudes que je fais partie d’un groupe d’une centaine de prisonniers, travaillant à du terrassement. Dès le lever du jour jusqu’a la tombée de la nuit, avec une demi-heure d’arrét à midi, le temps d’avaler gloutonnement une gamelle de soupe pour tout repas.

Manoeuvrer les pioches trop lourdes ou bien pelleter la terre avec des pelles trop grandes, porter des pierres à bout de bras, sur une distan- ce d’au moins cent métres. Une besogne harassante et ingrate, sous la surveillance des sentinelles postées dans les miradors.

Le voisinage des mitrailleuses a pour effet d’aiguiser la vigilance des chefs de commandos et des surveillants. C’est avec un zèle incomparable qu’ils dirigent les travaux. Souffler un instant, c’est risquer la bastonnade. Les outils doivent travailler!

Si un malheureux faiblit, qu’un autre ait les mains gelées et ne peut plus tenir un outil, aussitôt c’est la ruée des coups. On s’habitue très vite à ces tableaux de brutalité.

Ma première attention est attirée par une procession presque continuelle de porteurs de civières chargées de corps, se dirigeant vers le crématoire. L’odeur dégagée par un gros nuage, traînant bas, nous révèle leur ignoble et permanente activité. Nuit et jour, sans interruption, le four avale les cadavres que le commando des pompes funèbres lui amène.

Combien de fois ai-je été désigné pour cette besogne écoeurante. A tel point, que quand j’y pense, je sens encore cette puante odeur dont mes habits étaient imprégnés.

Pas de danger d’étre mis au chômage, le travail est assuré.

Derrière les blocs 20 et 21, s’élève un petit cabanon, à l’allure bien accueillante avec de belles fenêtres garnies de rideaux et fleuries.
Curieuse petite villa, si jolie dans un tel décor de désolation!

C’est le home d’une poignée de femmes, proprement vêtues, même jolies, où: sont reçues les personnalités du camp…

Le soir venu, une sonnerie spéciale annoncait aux possesseurs d’un ticket d’entrée, qu’ils pouvaient s’y rendre.

J’ai été désigné avec deux polonais pour repeindre une piéce de cette maison de prostitution. Ce travail d’intérieur n’était pas de longue durée. C’eut été trop beau! Peindre à l’intérieur, au chaud, en plein hiver! Quelle primeur!

Gardé par un SS Luxembourgeois, ayant fait la guerre de 14-18, actuellement volontaire de guerre nazi, il était très accueillant, fier de pouvoir parler francais parmi ces allemands. Il me parlait de Bruxelles où il avait été caserné pendant la guerre. Il prétendait avoir des amis à Schaerbeek et me donnait l’impression d’étre content d’avoir, en moi, rencontré un Bruxellois. Voila au moins de braves gens, disait-il.

Le lendemain, il m’apportait une paire de chaussettes. Je passais de l’enfer au ciel. Un peu de gentillesse à la place des coups de matraque! Je n’avais plus entendu une parole normale depuis des mois. C’est lui qui me racontait que les habitantes du bordel étaient des Françaises, à qui on avait promis la liberté aprés six mois de “service”. C’était probablement un flagrant mensonge.

En face de ce bloc spécial, se trouvait la baraque n° 19 peuplée de gosses de 8 à 16 ans d’âge. Ils vivaient là dans un grouillement indescriptible, sous le méme régime que le nôtre, un peu moins dur sans doute, non astreints au travail. Les nazis leur accordaient l’oisivité, avantage appréciable pour cette frêle jeunesse. Malgré ce régime spécial, des gosses y mouraient par sous-alimentation et manque de soins en cas de maladie. Leurs cadavres suivaient le même chemin que les autres.

Entre la cuisine et le bloc n° 1, on gravissait la côte par un énorme escalier qui séparait deux rangées de blocs, les baraques numéros 1 à 7 d’un côté, numéros 8 à 14 de l’autre. Cet escalier était un chef d’oeuvre de construction, comportant une centaine de marches de plusieurs mètres de largeur, en gros blocs de pierre taillés à la main, assemblés avec un outillage rudimentaire. Combien de vies humaines a-t-il coûté? Seules les pierres peuvent répondre à cette question. Le camp est truffé de pareilles constructions, de bâtiments, de miradors etc.

Il existe, à proximité du camp, cette effroyable carrière, où de nombreux et malchanceux bagnards sont mis aux travaux forcés. Ce camp comprend la fameuse “Steinbrücke”, le chantier le plus sinistre et redouté de tout le camp.

Je recois l’ordre d’aller grossir les rangs défaillants d’un commando de la “Steinbrücke”.

Décembre est bien entamé et le froid persiste. Le vent froid souffle avec violence sur cette butte et la neige nous cingle la figure pendant notre travail de forçats. Ce commando maudit que je craignais tant est un coup dur pour le moral.

Une centaine de prisonniers travaille en groupes pour le transport des pierres, sur un terrain abrupt et glissant. Cette pierre est criblée de petites pépites brillantes qui scintillent au soleil.

Combien d’hommes cette Steinbrücke n’a-t-elle pas tués?

Le travail y était tellement dur que nous arrivions a peine à marcher, morts de fatigue et d’épuisement.

Chancelants comme des ivrognes et insultés de fainéants, nous étions souvent ramenés en camion genre benne basculante, mourants et vivants, tous méconnaissables! Arrivés devant le camp, on nous déversait comme un chargement de gravier. Les Kapos arrivaient munis de tuyaux d’arrosage, pour nous asperger d’eau froide, puis d’eau chaude alternativement. Aprés ce traitement, au moins 50% de notre effectif était bon pour le four crématoire. Combien de bagnards ont-ils commencé leur journée sans pouvoir la terminer à cause de pareils traitements?

Les infâmes bourreaux frappaient ces malheureux, même quand ils étaient tombés inanimés, la face dans la boue.

Beaucoup de prisonniers ont trop souffert et n’en peuvent plus. Ils n’arrivent plus à réagir pour garder malgré tout, le moral afin de survivre. Ils sombrent dans une espèce d’indifférence, de désespoir, de laisser aller. A ce stade, n’ayant plus le moindre ressort, plus de volonté, ils approchent de cette phase tragique, c’en est fini d’eux, ils terminent leur pénible calvaire.

Je parviens à profiter des mouvements de va et vient des groupes de prisonniers, pour me faufiler dans un autre commando!

N’importe lequel, mais plus celui des pierres. C’est une question de vie ou de mort! Je suis dans un commando d’abattage d’arbres.

La m’attend une autre déception. II faut gravir toute une colline par un petit sentier glissant, chargé de deux sapins par homme. Travailler comme des bêtes de somme. Attention aux glissades, car les chiens sont à nos trousses pour nous ramener. On perd ainsi ses sabots et on ne parvient plus a les ratrapper. Celui qui a perdu ses sabots est obligé de continuer pieds nus dans la neige. J’ai vécu là des scènes cruelles, comme à la carrière.

Le transport ne peut jamais s’arrêter, ni à aller, ni au retour.

Certains prisonniers ont des plaies qui sont devenues purulentes. Ils doivent faire mille efforts surhumains pour porter ces troncs d’arbre. C’est pour eux un véritable chemin de croix, avec combien de chutes, combien de stations, combien de coups de matraques? Quand on a le bonheur de pouvoir rentrer le soir au camp, on est anxieux pour le lendemain. Pour quel travail sera-t-on engagé demain?

La semaine de Noël approche. Il fait un froid de loup, le ciel est dégagé avec une lune presque pleine et brillante. Chacun pense aux fêtes de Noël passées en famille les années précédentes. Chacun se souvient des buches de Noël, des réveillons, de la messe de minuit, de certains repas presque gastronomiques malgré le ravitaillement défectueux. C’était le bon temps !

Il faudra bien prendre son mal en patience cette année encore, et passer ce beau jour chez les boches, aux frises avec la maladie, la faim, le froid et les autres misères des camps nazis.

Chaque fois que je peux diriger mon regard vers l’ouest, vers notre patrie, pour laquelle je me suis tant battu, j’éprouve une lueur d’espoir. Nous ne pouvons pas humer l’odeur des mets de Noël, mais nous en parlons entre nous, faisant des projets pour l’avenir, à notre retour au pays.

Ici nous ne respirons dans tout le camp qu’une odeur âcre de chair et de squelettes brulés.

Comme dans le temps où, à la Noël on faisait des feux de joie, ici on fait des buchers avec des fagots et des cadavres.

Quelle triste veillée de Noël, ce 24 décembre 1944!

La nuit est tombée, il doit étre passé six heures.

Le froid est terrible …

Soudain, un coup de cloche résonne dans le camp, aussi inattendu qu’anormal. Chacun s’interroge et pose des questions.

Bientôt grand branle-bas général dans tout le camp. Dans tous les blocs, on reçoit l’ordre de sortir.

Des milliers de prisonniers se mettent en rangs autour de la grand-place, dont le centre reste libre. Le camp est éclairé de tous les feux de projecteurs. Le silence est imposé aux 15 à 20.000 bagnards. II est inquiétant !

Les nazis organisaient un grand spectacle a leur façon! Nous devons assister à des pendaisons spectaculaires!

La traverse supérieure du goal de football servira de poteau d’exécution. Ils veulent nous donner une leçon, pour notre bien et pour celui de la communauté.

Quelques SS armés arrivent au le lieu du supplice. Parmi eux un officier menaçant hurle quelques phrases en allemand, que nous ne comprenons pas. Puis arrivent les pauvres condamnés. Ils sont six et débouchent en file indienne d’un coin du camp, trottant entre plusieurs soldats bien armés. Ces malheureux ont les mains liées derrière le dos. On ne peut s’empêcher de penser au spectacle que les romains présentaient dans leurs amphithéâtres, lorsque les esclaves, sans défense, étaient jetés en pâture aux lions.

Les six condamnés sont alignés devant la potence commune, qui mettra un terme à leur martyre.

Des prisonniers installent des chaises et des planches sous la potence. Les condamnés sont calmes, résolus, héroiques. Leur courage défie les bourreaux. Comme un seul homme, ils montent sur les planches.

L’officier rageur prononce une courte sentence, condamnant, sans appel, à la mort par pendaison, ces innocents, qui ont sans doute fait quelque chose contre le règlement du camp.

Il faut de l’ordre et de la discipline !

Apres cette brève sentence, les vassaux, des prisonniers comme nous tous, passent une corde au cou de chacun des condamnés à mort. L’un des condamnés crie de toutes ses forces quelques mots, dont je n’ai jamais pu apprendre leur signification.

Tout est prêt, le silence est général, pesant. Chacun est effrayé de voir ces milliers d’hommes tenus en respect par quelques boches armés, auteurs de ces lâches tortures.

En cas d’intention de révolte, que faire, même avec le nombre de prisonniers, contre ces SS armés jusqu’aux dents!

Les cris des condamnés n’ont pas eu le moindre écho. Des mitraillettes sont braquées sur les victimes.

Brusquement, les planches bousculées se dérobent et six corps pendent par leurs têtes, dans le vide. La mort serait-elle subite? Certains corps avaient l’air de se contorsionner tout un moment, les pieds bougeaient, les corps tournent au bout de leur corde, la langue pendante.

Les boches étaient satisfaits et convaincus que la leçon porterait ses fruits! Les léches-bottes des SS auraient droit à leur soupe supplémentaire.

Le Réveillon de Noël 1944
Bruno Furch: Le Réveillon de Noël 1944

Imaginez-vous ce spectacle horrible: des pendus dans le décor d’un gigantesque arbre de Noël illumminé. Ces meurtres venaient s’ajouter aux tueries commises à l’ombre des salles de tortures!

Nous rejoignons nos baraques, nos coeurs gros et remplis de haine envers ces nazis bestiaux. A notre grand étonnement et complétement déroutés, nous fûmes reçus en musique. Le Danube bleu était joué par des musiciens du camp. Une telle démonstration de démoralisation collective est restée gravée dans nos mémoires à tout jamais. Nous pensions à cette chère liberté perdue, à laquelle on aspirait comme à un idéal chimérique.

Alors que les déportés vivaient dans le fol espoir d’une proche délivrance par les armées Alliées, il fallut attendre encore 4 mois. Les 4 mois les plus difficiles, les plus meurtriers de la déportation pour qu’intervienne enfin pour trop peu d’entre nous, une libération tant attendue.

Malgré tout, la Saint-Sylvestre s’annonce et l’orchestre du camp est présent.

Le coeur gros, je me retrouve dans mon bac, parmi mes deux compagnons de nuit. D’un côté Maurice FIEVEZ, curé de Pont-à-Celles, de l’autre cété Charles GOYVAERT de Boechout. Une chose bien horrible se passait à ce moment: Charles ignorait que son frére Henri, également prisonnier au camp, était décédé l’aprés - midi !

Il était bien 23 heures quand l’orchestre s’est retiré.

Charles en vient à l’idée d’aller souhaiter la bonne année à son frére. J’ai fait impossible pour l’en dissuader, lui disant qu’il courrait un trop grand danger en sortant du bloc à cette heure-là. Le lendemain Charles me racontait que son frére était parti en commando de transport. Il a ignoré le décés de son frére, même aprés son retour au foyer. Il avait toujours, ainsi que ses parents, la certitude que son frére allait revenir de captivité. Mon ami Charles est mort dans son foyer des suites de sa captivité, quelques semaines après son retour du camp de Flossenbürg. Les parents Goyvaert n’avaient que ces deux fils. Tous les deux morts, victimes des bourreaux nazis, au service de . notre Patrie.

Qu’on ne les oublie jamais !

Faire-part de décès de Karel Goyvaerts

En cette veille de l’année nouvelle, je pense en premier lieu à ma Maman.

C’est la premiére fois qu’il m’est impossible de lui exprimer mes voeux de bonne et heureuse année et de l’embrasser. Cette privation m’est plus pénible que toutes les autres miséres que j’ai connues jusqu’à ce jour. Je pense à sa vieillesse et au chagrin qui doit être le sien par l’incertitude et les appréhensions à mon sujet. Elle qui a eu la vie dure depuis sa tendre jeunesse, mes parents étant déjà orphelins très jeunes. Quel calvaire ma Maman n’a-t-elle pas connu? Mon pére qui avait une faible constitution était souvent malade. C’est avec un courage exemplaire que ma Maman l’a soigné durant dix-sept ans. Il est mort à l’âge de 45 ans, aprés trois interventions chirurgicales.

Maman m’adorait.

Ai-je fait mon devoir vis-d-vis d’elle en la quittant pour servir ma patrie? Maman qui m’a tant choyé…

Cet instant me parait plus morne et plus morose. C’est incroyable comme on peut tenir à la vie dans de pareils moments !

Je souffre comme les autres détenus, mais je crois posséder un ange gardien spécial ! Je remercie le bon Dieu de m’avoir doté d’un physique aussi solide, d’une bonne constitution et d’un optimisme exceptionnel.

Malgré tout, le moral s’améliore et l’espoir est dans nos coeurs.

Selon une tradition ancestrale et jusqu’à mon dernier souffle, je crierai de toutes mes forces que j’aime ma patrie et que jamais, pour rien au monde, je ne commettrai la honteuse lâcheté de la trahir.

Ce n’est pas seulement à Noël et au nouvel an qu’il y avait de la musique dans les baraques. Afin d’encourager les “blocmans” et les “schlagers” dans leur brutal travail, les SS leur offraient régulièrement un concert le dimanche. Sur l’ordre des SS, certains détenus avaient formé un orchestre. Des musiciens de tout premier ordre, des prix de conservatoire, des chanteurs connus - au total environ une trentaine. Les détenus en profitèrent également. Mais n’ont - ils pas martyrisé les mourants, malgré qu’ils jouaient de tout coeur pour adoucir les moeurs et nous apporter un peu de gaieté? Car la musique engendra très vite la tristesse.

Le lendemain, en sortant de la baraque, je découvrais prés de la fenêtre donnant sur la place du camp, un tas de cadavres. Il me semblait tellement important que je m’empressai de m’y rendre.

Je constatais avec horreur que leur nombre approchait bien les quatre-vingts corps, entassés les uns sur les autres, dans des poses les plus insolites qui démontraient ce que ces malheureux avaient eu a endurer avant de mourir.

Victimes de Flossenbürg KZ
Victimes de Flossenbürg KZ
Victimes de Flossenbürg KZ
Victimes de Flossenbürg KZ

Le semblant de joie de la veille fut du coup transformé en mélancholie.

C’étaient les restes des prisonniers ayant fait partie de la corvée des mines qu’on avait ramenés de leur travail.

Les morts devaient étre remplacés pour assurer l’activité de la carriére. Ils avaient donc besoin de nouveaux forçats valides.

Nouvel appel devant le bloc; les prisonniers devaient passer I’un aprés l’autre devant un allemand, flanqué d’un prisonnier muni d’un pot de peinture rouge et d’un gros pinceau.

Ce fait nous indiquait qu’ils organisaient le transport d’un nouveau convoi en triant les prisonniers suivant leur constitution, qui recevaient un n° d’ordre de 1 à 4.

Nus comme des vers, nous défilions devant l’expert vétérinaire, qui d’un coup d’oeil décidait de la destination du prisonnier. A mon tour je suis reconnu apte pour le transport, un n° 2 ayant été marqué sur mon front. A titre d’information voici la signification de ces chiffres:

  • le n° 1 pour les bien portants aptes aux durs travaux, rarement employé vu l’état de faiblesse générale des détenus;
  • le n° 2 pour les hommes encore relativement capables d’effectuer de rudes besognes ;
  • le n° 3 pour les affaiblis dont ils pouvaient encore obtenir quel- ques services;
  • le n° 4 était réservé aux malheureux qui étaient désignés pour le transport vers la chambre à gaz.

Le SS choisissait le nombre nécessaire; je fus heureusement exempté de cette corvée. Il fallait avoir une chance inouïe pour arriver a survivre dans cet enfer.

Une épidémie de dysenterie règnait dans le camp. Chaque baraque concernée était mise en quarantaine. Mais aucune autre disposition n’était prise par les autorités du camp. Un sujet sain ayant été en contact avec un malade pouvait être atteint. Le microbe de la dysente- rie peut se transmettre par la literie, le contact corporel ou par les aliments. Le début est brusque et se manifeste par des nausées, des vomissements et de la fiévre.

Suivent les coliques qui se produisent par crises, surtout au moment des selles qui deviennent incessantes,souvent plus de vingt fois par nuit, parfois accompagnées de saignements. Nous n’avions ni médicaments, ni assistance médicale.

Victimes de la dysenterie au KZ Flossenbürg
Victimes de la dysenterie au KZ Flossenbürg
Victimes de la dysenterie au KZ Flossenbürg
Victimes de la dysenterie au KZ Flossenbürg

Je m’en suis remis après environ une quinzaine de jours, alors qu’il y eùt un important pourcentage de décés parmi les prisonniers atteints.

Le camp fut simplement condamné et abandonné à lui-méme.

Dans une déposition sous serment devant la Cour Internationale de Nürenberg, pendant le procés des principaux criminels de guerre comme Goering et consorts, des témoins ont parlé de plusieurs centai- nes de morts, par manque de soins, d’hygiène et de propreté a tous points de vue.

J’eus la chance d’aller aux douches deux fois en six mois.

Ce fut loin d’avoir été une partie de plaisir. Nous entrions dans une piéce rectangulaire au carrelage trempé. Toutes fenêtres largement ouvertes, l’air était vicié et empestait le chlore. Nous devions nous déshabiller en vitesse, sous les coups de matraque. D’aprés les dires, nous en avions pour la durée de la nuit. Les hommes quittaient leurs hardes qu’ ils entassaient pêle-mêle dans un coin. Nous étions tous nus. C’était à ne pas comprendre comment certains pouvaient rester encore debout. Avec la brusquerie sauvage des Kapos, nous fûmes refoulés au fond de la salle, les uns contre les autres, pour ensuite défiler en file indienne vers l’autre extrémité de la salle, devant le service coiffeur chargé de l’inspection du système pileux. Personne n’y échappait. Cette opération terminée, au bout de deux heures peut-être, nous nous dispersions pour subir les douches. Un quart d’heure sous la douche froide. Nous étions lavés et propres mais à quel prix !

Nous claquions des dents, puis tout à coup l’eau arrivait presque bouillante.

Le même manége recommence pour le service de désinfection, et des poux ils en trouvérent! Nous passions devant un homme qui nous vaporisait, sur la téte, sous les bras et au postérieur, une espèce de liquide gras, piquant et mordant. Les poux et les puces furent rude- ment dérangés! Notre nuit semblait interminable.

Au petit jour, c’était ’arrivée de nos vêtements, qui avaient été traités dans des fours de désinfection. Ces vétements étaient rapportés par des corvées désignées a cet effet.

Les vêtements étaient fort mélangés et c’était la ruée, sous les coups de matraques, pour arriver à récupérer ses propres guenilles.

Fatigués, sans avoir dormi, nous rentrions au bloc en bon ordre. Une nouvelle journée de travaux forcés nous attendait et notre vie de forçats se poursuivait.

L’incertitude lancinante du lendemain !

Nous subissions des moments d’extréme faiblesse physique et aussi morale, certains que la mort nous guettait. Un matin, mon ami Joseph DEDOBBELEER fut désigné pour partir en commando. On avait Vhabitude de réciter une prière ensemble.

Mon ami Joseph, en m’embrassant me dit:

“Je ne te reverrai probablement plus, car je me sens malade.”

Il est cependant revenu, totalement épuisé, pour mourir au camp, le 2 avril 1945, même pas un mois avant notre libération!

Il m’implora d’avertir sa femme, ses enfants et ses parents et de leur rapporter ses derniéres paroles.

“Dites leur bien, que j’ai souvent rêvé du retour au foyer dans ma douce patrie, que mes derniéres pensées étaient prés d’eux”.

Image de deuil de Joseph Dedobbeleer

Nous devions travailler dehors par une température de moins 25 degrés, sans chaussettes ni gants, vétus de notre léger costume rayé. Il en résultait des doigts, des mains, des pieds gelés.

Vingt-cing coups de fouet au malheureux qui se portait malade. IIs furent tous renvoyés au travail en dépit de leurs engelures et autres maladies.

Il fut procédé à des amputations de doigts, de mains ou de pieds. Chaque fois avec des suites mortelles.

Mon ami Maurice FIEVEZ souffrait d’un mal fort répandu dans le camp, une espèce d’oedème purulant qui se manifestait par une plaie à la jambe. Maurice n’osait plus se présenter a l’infirmerie. Le blocman, certainement au courant de l’avancce des Alliés, tolérait qu’il restat dans son bac. D’aprés les renseignements obtenus d’un médecin, Maurice était probablement atteint d’une maladie appelée ECTHYMA. La lésion débute par une pustule, puis s’étend en profondeur et en surface. Parfois elle se complique de lymphangite et d’adénité. Les ulcérations sont parfois gangréneuses. L’ecthyma atteint les surmenés, les diabétiques, les variqueux. Souvent le grattage introduit la saleté dans la plaie et surtout ces lits pleins de poux, sont la cause de la propagation. Les stations debout ainsi que la mauvaise alimentation peuvent également jouer un rôle.

Maurice souffrait, le martyre, sans intervention médicale.

J’ai essayé de laider avec les moyens du bord. J’ai déchiré des morceaux de ma chemise que je trempais dans l’eau chaude de la vaisselle, provenant de la cuisine des SS. Maurice prétendait que ce traitement le soulageait. Finalement, la chair se décomposa à tel point que l’odeur m’incommodait.

Le camp fut délivré par les américains, le 23 avril 1945. Maurice s’est trainé jusqu’a l’entrée du camp afin de saluer nos libérateurs. Le sang lui coulait de la jambe.

Il a retrouvé la liberté, mais au prix de quels sacri-fices!

Arrêté le 1er décembre 1942 sur l’autel de son église à Pont-à-Celles pendant qu’il célébrait la messe, il est mort au camp d’extermination de Flossenbürg, le 26 avril 1945, complétement épuisé par sa longue détention.

Nous avions convenu, qu’a notre retour au pays, nous irions boire une gueuze à la taverne “Au Damier” à la gare du Midi à Bruxelles.

Malgré notre libération, le Bourgmestre de Flossenbürg avait la responsabilité du camp. Je lui ai demandé l’autorisation d’enterrer notre camarade Maurice dans une tombe au lieu de jeter ses cendres dans la fosse commune. Ce qui fut refusé…

La Présidente des Anciens de Flossenbürg a soi-disant ramené le corps de Maurice chez sa famille à Frasnes-lez-Buissenal. Je sais avec pertinence que ce n’est pas Maurice, mais …

Depuis plus de quarante ans, chaque ler novembre, je vais déposer des fleurs sur cette tombe, qui contient les restes d’un de ceux qui ont souffert comme moi à Flossenbürg et qui n’a pas eu la chance de survivre.

Je considére ce geste comme un devoir et en méme temps je revois les FIEVEZ qui sont devenus ma famille.

Etrange …

Image de deuil de Maurice Fiévez

J’ai fait la connnaissance de Maurice FIEVEZ au mois d’août 1944 a la prison de Saint-Gilles; il venait de la prison de Charleroi.

Les boches m’ont régulitrement déplacé et j’ai goûté de pas mal de “maisons”: Bayreuth, Ebrach, Bamberg, Flossenbürg.

Coïncidences presqu’incroyables: c’était dans la même cellule que je retrouvais régulièrement Maurice.

Le 8 mars 1945, tard dans la nuit, un convoi de nouveaux prisonniers débarque au camp. L’encombrement est tel dans le camp, que les déportés sont obligés de coucher dans les allées entre les blocs, dans les lavabos et méme dans les toilettes.

Les typhiques, les tuberculeux et autres malades sont mêlés aux autres détenus. C’est un mélange épouvantable.

Subitement, j’entendais appeler à hauteur de mon bac:

“Petit belge, n’aurais-tu pas une petite place pour moi ?”. Reconnaissant la voix, je criai “Maurice!!”. Mon ami Maurice portait le n° 86.379.

Je l’ai tiré prés de moi et nous ne nous sommes plus quittés jusqu’a sa mort.

La vie au camp continuait comme auparavant.

Notre horaire de travail des derniers jours avait été horrible. Réveil à 3h.30’, faire 3 km. à pied, traqués comme des bétes. Retour le soir vers 20 heures, appel à 22h. En un mot, il nous restait un temps de repos de cing heures, avec comme subsistance 200 gr. de “pain” et les derniers jours une poignée d’avoine. Je me sentais mal en point.

Afin de nous changer un peu les idées et de trouver un peu de repos, nous pouvions nous déplacer librement sur la place du camp le dimanche. Nous retrouvions ainsi quelques hommes de notre groupement et quelques amis. A un moment donné, nous avons aperçu en file indienne un groupe de détenus avec SS et chiens, qui se dirigeaient vers les lavoirs.

Ils étaient chargés de couvertures de morts de dysenterie, couvertures souillées de sang et d’excréments.

Dans ce groupe figurait X , qui nous avait vendus a l’ennemi.

Nous fûmes surpris de voir sa mine défaite, souffrante et fatiguée, maigre et répugnant de saleté. Il était crotté des pieds a la téte.

Voila Bursens qui tomba, les chiens l’attaquaient tandis que le surveillant boche lui donna un coup de pied en pleine figure, de sorte que le sang lui coula de la bouche. Nous en fûlmes stupéfiés !

A son retour du lavoir, il est venu nous demander pardon pour sa conduite peu glorieuse envers nous.

Nous n’en croyions pas nos yeux! Il disait en pleurant :

“N’avez-vous donc pas encore pitié de moi, n’ai-je pas assez souffert?”

Nous avions la certitude que jamais personne ne sortirait vivant de ce maudit bagne! A ce moment, notre groupe comptait déja quatre morts. Malgré que X nous avait lâchement vendus aux boches, nous primes la décision de lui pardonner. C’est la raison pour laquelle je ne me suis jamais opposé à l’honneur que notre commune de Merchtem lui a rendu aprés la guerre, en placgant une plaque commémorative sur la façade de sa demeure et en donnant son nom a une rue. Mais cela restera pour mes camarades morts, survivants et moi-méme, une grave injustice. Il avait éte faible,même avant les interrogatoirs de la Gestapo et croyant à leurs fallacieuses promesses, croyant sauver sa peau, il nous avait “donnés”.

Il faut savoir pardonner, mais pas oublier!

Autre fait effroyable à l’actif des gardiens boches: un gosse d’environ 14 ans, un seau à la main, croisait un boche SS. Celui-ci, pris d’une rage sadique, le rappela et lui dit “Et le salut et le garde-a-vous devant vos supérieurs ?” L’officier prit le calot du gamin et le jetta à terre. Le petit bonhomme voulut ramasser sa casquette. Il n’eut méme pas l’occasion de se redresser! Le boche l’abbatit de trois balles de revolver!

Emmanuel MEGENS, tellement malade qu’il ne tenait plus sur ses jambes, trébuchant, il arriva une fraction de seconde trop tard pour présenter sa gamelle sous la louche, lors de la distribution de la soupe. Comme un enragé, le schlager prit un bloc de bois, asséna deux, trois coups sur la téte de ce malheureux et le tua sur place! Je vous prie de bien vouloir me pardonner la cruauté de ce récit tragique, mais c’est la vraie réalité !

Faire-part de décès de Emmanuel Megens
Faire-part de décès de Emmanuel Megens

Aprés mon retour au pays, c’est le coeur gros que je me suis rendu auprés des parents d’Emmanuel, rue des Alouettes à Anderlecht. Les pauvres parents en furent effondrés. Nous avons pleuré tous les trois, eux avec un chagrin indescriptible, la mort de leur fils; moi, j’ai revécu la scéne de cet assassinat, dont le souvenir ne me lâche plus.

Le papa nous proposa de boire une tasse de café pour nous permettre de calmer nos larmes et notre chagrin.

Souvenez-vous de nos morts! Souhaitez que jamais plus cela ne puisse se représenter !

Beaucoup de nos compagnons demandaient d’être exécutés afin d’abréger leurs souffrances. D’autres imploraient de pouvoir crêver, sans oublier ceux qui juraient ou priaient, ceux qui hurlaient et devenaient fous!

Le calvaire de ces mourants, fût que nous n’avions, pour ces malheureux, même pas une goutte d’eau a leur offrir!

J’ai vu un prisonnier complétement dérouté, malade et fiévreux, boire sa propre urine.

Changement de situation !

Le moral s’améliore, l’espoir revient dans nos coeurs. Des centaines d’avions passent, au-dessus du camp, en vagues successives, pendant plus d’une demi-heure. Que peuvent-ils bien chercher dans ce coin? Peuvent-ils nous apercevoir de là-haut? Les pilotes ont certainement aperçu notre camp! La fumée du crématoire qui provoquait ce gros nuage noir devait étre sûrement visible!

Combien de temps pourrons-nous encore résister?

La nervosité gagnait nos gardiens, un changement total caractérisait lattitude des kapos!

L’appel du soir se fit mais sans compter les détenus. Plus de hurlements, plus de coups!

Les aviateurs avaient peut-étre répéré l’usine Messerschmidt. Nous espérions un bombardement!

Plus personne ne donnait encore des ordres. Quel désarroi!

Je me sentais mal en point depuis quelques jours. Pourrais-je voir arriver nos libérateurs? Je présente des symptômes de typhus. Mes lévres se désèchent et la soif me dévore. Brusquement un frisson et des vomissements. Mon appétit d’habitude vorace tombe à zéro. L’oedème fait enfler mes pieds, je tousse et je transpire. Je me suis traîé jusqu’à l’infirmerie pleine à craquer. Par chance on évacuait un cadavre. Par miracle, j’ai eu la force de me glisser à sa place devenue vide. J’étais parmi les autres mourants ….

Typhus exanthématique, encore nommé pitéchial, maladie infectieuse ayant des points de ressemblance avec la fièvre typhoide. Elle est contagieuse dés l’incubation, jusques et y compris la convalescence.

Même les cadavres seraient contagieux!

On doit noter parmi les causes prédisposantes, les fatigues, les souffrances morales et physiques, les aliments contaminés, l’air confiné des bagnes, des prisons. Le typhus est cause d’épidémies terribles. Cette maladie prédomine pendant la saison froide.

L’infection est causée par les poux, les puces et les punaises.

Les vêtements de typhiques, leur literie, leurs effets recèlent des éléments de contagion.

Le malade est las, souffre de maux de tête et a souvent des sensations de vertige. La mortalité varie selon les conditions de vie; on admettait dans le camp la proportion de 50 à 80 %.

Le Général Mac Mahon a défini le typhus venant du grec et signifiant :torpeur.

On en meurt généralement ou on devient idiot.

Je me sentais instable et très affaibli.

J’ai survécu par miracle! Vers le dixième jour, j’ai senti une amélioration et il me semblait que la mort s’éloignait. Mon voisin d’infirmerie connut également cette faveur ou chance! C’était un vrai belge, Monsieur ADDONS, marié à une femme d’Opwijk. Comme le monde est petit! Un changement total avait eu lieu pendant notre séjour à l’infirmerie.

Les SS avaient évacué le camp en désarroi, amenant avec eux 16.000 détenus pour une marche forcée vers Dachau. La fameuse marche de la mort.

J’ai retrouvé mon ami Maurice à l’infirmerie, ignorant comment il y est arrivé!

Chancelant et errant dans le camp, j’ai découvert un tonneau de choucroute dans une baraque des SS. Tous les prisonniers restés au camp eurent ainsi quelque chose à manger.

Certains de notre proche délivrance, nous avions confectionné une pancarte; nous avons défilé clopin-clopant par pays représenté. La couleur qui servait du temps des boches, à marquer les cadavres, vint bien à point.

" PRISONERS HAPPY END ! WELCOME !"
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Nous fûmes libérés le lundi 23 avril 1945 à 10 h. 30’, deux jours avant mon anniversaire.

 PRISONERS HAPPY END! WELCOME!

Les premiers américains à pénétrer dans notre camp, furent le Major Bill Falvey James, accompagné d’un médecin et d’un interpréte. Si mes souvenirs sont exacts,il s’agissait de W. Campbell M.D. et de William McConahey. Ils nous ont sauvés. Comment leur témoigner notre reconnaissance !

J’ai averti le major que nous étions contagieux, atteints de typhus, mis en quarantaine et enfermés pour ne pas propager ce fléau. Il nous fit comprendre que la Croix Rouge allait s’occuper de nous.

Les américains nous regardaient d’un air apitoyé, jusqu’aux larmes. Ils nous jetaient ple-m^^le, par dessus la grille de clôture, tout ce qu’ils possédaient de vivres, friandises, chocolat, cigarettes, etc. Il y eut des batailles entre les prisonniers pour la possession de ces merveilles auxquelles nous n’étions plus habitués. Ils étaient affamés et voulaient satisfaire a leur faim. Triste souvenir. Ils se battaient entre eux comme des enragés.

Nos libérateurs étaient des soldats du 538° Régiment d’Infanterie de la 90eme division américaine.

Le lendemain, le 24 avril 1945, arriva une équipe de médecins et d’infirmiers. Chaque malade typhique recut une injection de salicylate de soude; les autres furent soignés selon leur maladie. Les malades étaient au nombre de 1.526. L’enquête américaine révèle ce qui suit: tous très malades, 180 cas de typhus aigu, 98 tuberculeux, 12 diphtériques, 2 cas de malaria, etc.

La nourriture que nous recevions de nos libérateurs était abondante. Les détenus en abusèrent et plusieurs ne le supportèrent pas. Le passage d’un régime de totale privation à celui de plantureuse abon- dance, fut fatal pour plus de 200 malades.

Nous devions nous modérer, mais la faim et la soif étaient atroces.

Nous vivions en attendant notre rapatriement. Un ciel bleu recouvrait le camp et il y règnait un calme imposant.

Les anglais des services de renseignements et d’action vinrent récupérer leurs agents prisonniers comme nous. Faisant partie de ce groupe, je suis parvenu en Belgique avec eux le 22 mai 1945.

Lors de notre passage au Quartier Général à Weiden, nous fûmes reçus par l’Etat Major Américain. Pour le petit bonhomme de Merchtem que j’étais, ce fut un hommage inoubliable. Nous fûmes reçus comme des princes! Je suis arrivé à Bruxelles en jeep, aprés cinq jours de route. C’est à Bruxelles que j’eus le plaisir de rencontrer la premiére personne habitant Merchtem, depuis mon arrestation. Notre ancien Bourgmestre, Monsieur J.Van Ginderachter, se donna la peine de venir me chercher pour me ramener chez ma Maman. Ce fut magnifique. Les habitants de Merchtem nous réservérent un accueil inattendu de bienvenue. Mon calvaire était terminé!

Quelle joie de pouvoir revivre! Ne cherchez pas à en comprendre le motif. C’est indescriptible.

Peu avant leur départ précipité, les SS firent rapidement badigeonner de blanc, le mur impreigné de sang. Un grand nombre d’éxécutions eurent lieu contre ce mur, dans la cour de la maison d’arrét.

 Le mur hâtivement blanchi à la chaux, marqué par les taches de sang.
Le mur hâtivement blanchi à la chaux, marqué par les taches de sang.

Mais revenons un peu en arriére, pour examiner ce que fut I’évacua- tion du camp par les SS.

Monsieur Emile LAUNOIS, ex-prisonnier politique, interné à Flos- senbürg, participa à la marche de la mort. Il m’a communiqué les renseignements suivants, complétés par ceux de Messieurs VOLMER et ANTONI.

Le 19 avril 1945 fut une journée comme les autres, sauf le départ du camp de tous les Juifs. Pourquoi seulement les Juifs?

Selon certains bruits, tous ces pauvres Israélites furent massacrés le même jour, à peine sortis du camp.

Les SS s’obstinérent à nous évacuer, à nous amener plus loin, mais ou? Les Américains avancent, venant de l’ouest, les Russes venant de l’est. Allons-nous tomber entre les mains de ces derniers?

Comment serons-nous traités par eux? Un dernier regard sur le camp maudit et nous voilà en route, à pied. Ayant marché à peine une centaine de mètres, nous vîmes le chemin jonché de cadavres.

On voudrait bien imaginer ces malheureux tentant de fuire ou de s’évader. Hélas non! A bout de forces, ne pouvant plus suivre, ils furent froidement abattus par les SS. Tous les traînards se firent tuer d’une balle dans la tête et la marche continuait. Les habitants avaient reçu l’ordre d’enterrer ces cadavres sur place. Il fallut marcher encore, surmonter nos défaillances et suivre la colonne, sans repos, sans nourriture, sans eau, hantés par la peur d’être abattus comme des chiens.

Il y avait des morts tout le long du chemin. A la nuit tombée, nous passions devant des centaines de cadavres de ceux qui nous avaient précédés.

Le 23 avril 1945, nous entendîmes des coups de canon, le bruit des mitrailleuses se rapprocha. Un avion de reconnaissance américain survola notre colonne, guidant les troupes de Patton dans la poursuite des nazis. Cela cognait et crépitait de partout. Les civils allemands se ruèrent, pour les piller, sur les débris de la Wehrmacht, qui fuyaient avec armes et bagages ou du moins avec ce qui en restait. Ces soldats en fuite, récupérèrent tout véhicule qui pouvait les aider a s’éloigner d’un front pour se jeter dans la gueule de l’ours. Ils étaient pris entre deux feux, dans une inexorable tenaille qui les anéantirait. Juste retour des choses.

La colonne ayant perdu ses gardiens et SS était libre sans s’en rendre compte, mais aprés avoir payé de combien de vies humaines ! Cette marche d’une horreur indescriptible exigea environ 7.000 morts.

D’aprés Messieurs VOLMER et ANTONI, un seul convoi est arrivé a destination à Dachau. Il comptait 2.654 déportés survivants, mais dans quel état! Les autres furent assassinés en cours de route.

L’armée américaine avait coupé la route vers Dachau et ce n’est que peu de jours avant la capitulation allemande que ces misérables prisonniers furent libérés, prés du lac Chiemsee, le 2 mai 1945.

Aprés cette fameuse marche de la mort, on trouva 5.400 cadavres non identifiables, le long de cette route, en avril-mai 1945.

 Victimes de la marche de la mort
Victimes de la marche de la mort

L’inscription apposée sur la cheminée du crématoire de Flossenbürg, apres la guerre, évalue le nombre total des morts à plus de 73.000 ; 296 décédérent encore aprés l’arrivée des américains.

Dans un registre des procés-verbaux, il est noté, que le comité constitué lors de la libération du camp, ne put parvenir à établir exactement le nombre de morts.

Aprés cette épouvantable odyssée, ces faits terrifiants, cette terrible histoire, cette guerre apocalyptique, malgré les rancoeurs, les misères, les offenses subies, les ressentiments, les douleurs et tortures endurées, il nous appartient de pardonner mais aussi de nous en souvenir, afin de faire en sorte que les générations futures n’aient plus à supporter les mêmes calvaires, ni à connaitre de tels procédés d’extermination de peuples qui pensaient autrement que les maitres du moment.

Il est néanmoins essentiel pour poser un exemple et pour que de tels faits ne se représentent plus jamais, que les vrais coupables, chefs et exécutants qui sont à l’origine de ces supplices soient punis comme ils le méritent. Qu’ils ne puissent jouir d’aucune liberté d’esprit, ni de corps. Les tribunaux se doivent d’étre impitoyables dans leurs juge- ments pour qu’aucun coupable ne puisse se glisser au travers des mailles du filet de la répression.

Car nous avons connu l’attitude outrageante de nos bourreaux, lors de leurs procès devant le tribunal de Nürenberg. Hélas trop de ces coupables se sont enfuis vers l’étranger ou se sont perdus parmi la masse de leurs concitoyens. Il convient de rappeler qu’a l’époque de la montée du nazisme, la grande majorité des habitants du Grand Reich, croyait en son Führer et ne jurait que par lui.

Je faits appel à mes contemporains, du plus humble citoyen aux plus hautes instances qui dirigent notre pays, de bien vouloir s’en souvenir.

L’indifférence et les marques d’ignorance de notre prochain, font du mal aux malheureux qui ont subi ce calvaire.


Nos glorieux morts nous apprennent qu’il existe quelque chose de plus précieux encore que la vie.

C’est la LIBERTE, qui est la base du bonheur, qui nous montre la route du courage, de l’abnégation et de Il’honneur.

Ceux qui ont porté le pyjama rayé avec triangle rouge de prisonnier politique n’oublieront jamais.

Avant que les derniers témoins se taisent pour toujours, ce n’est pas d’un récit qu’on peut avoir besoin, mais d’une lecon.

C.J.Droesbeke.

Merci à tous ceux qui m’ont rappelé certains faits et spécialement à la jeune Française Anne MERILLON (17 ans) pour ses impressions et ses phrases réconfortantes.

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